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2 articles avec creativite

Jeu : complémentarité des approches Yann

Publié le par Jaz

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

La mère de Yann, 21 ans, jeune homme trisomique mais pas que, a trouvé, dans une brocante, une nouvelle boite de jeu qui correspond tout à fait à notre démarche actuelle avec l'importance de l'écrit pour aider Yann à enrichir son langage en améliorant sa parole.

- Si le support du jeu de Jarnac permet de "travailler" la recherche des sons et de leur place dans le mot en s'étayant sur sa connaissance des lettres de l'alphabet, en lien avec un travail sur l'évocation du mot avec sa relation à des images, pour l'écrire

- ce nouveau jeu implique le versant lecture dans l'identification de mots sous leur forme écrite, en lien également à des images, et introduit à la lecture de petits récits avec des mots familiers. Il y a plus de matériel (syllabes lettres etc.) mais ce qu'il préfère est le jeu présenté ci-dessus  où on joue à plusieurs en avançant d'un nombre de cases fonction du dé (Cf. jeu de l'oie). Dans celui-ci il faut trouver l'étiquette du mot de la case. etc...

- nous y jouerons sans sa mère la deuxième fois et ce sera lui le meneur. Ce jeu devient la récompense quand il a bien "lu" l'histoire avant.

- le deuxième présenté ici, version histoire, impose de sélectionner à l'avance les étiquettes à identifier, lorsque l'accent est mis sur la lecture du texte, et nous y rejouerons sans sa mère en mettant les 4 planches et toutes les étiquettes de ce jeu qu'il sélectionne lui-même (repère même couleur du verso pour les différencier de celles de l'autre jeu). Mais nous avons repris la lecture d'une histoire ce jour là aussi.

Comment se passent les séances? L'entour de cette séance a déjà été présenté pour être discuté. Lorsque nous nous mettons "au travail" comme toujours du langage, des commentaires spontanés s'inscrivent d'eux-même dans les échanges verbaux. Faut-il le canaliser davantage ou lui laisser cette liberté de s'exprimer et de communiquer ainsi sur ce qui occupe sa pensée?

On joue.

Il démarre fort : "3 couleurs ça fait un arc en ciel". Il a reconnu les 3 couleurs fondamentales avec les pions du matériel dans la boite. Le cadre arrive : 'maintenant on arrête de parler, on joue'

Sa mère a sorti les cartons qui correspondent à la planche "La chenille des mots".

Il commence en choisissant un pion et lançant le dé. 4.

- Il lui faut déchiffrer le mot "arbre". Il trouve le début. 'a' puis 'r' en suivant le doigt qui isole. La finale ainsi reconstituée est prononcée be/re. 

- Il retrouve "paille" j'avais rappelé avec le geste Borel le i qui glisse avec des ailes (ll) pour faire ill.

- "ah! Je connais ce mot." En fait c'est dans son rapport à l'image car quand il s'agit de lire nous déchiffrons M O/ 'mo'. Il faut construire le on qu'on recherche dans le tableau des lettres ci-dessous pour faire les sons, en rouge... o devient on en passant par le nez (o+n) avec le geste évocateur de Borel et en montrant également le passage par le nez sur le tableau. Il lit alors MON-TRE et nous précisons montre, la montre, pour lire l'heure.

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

- pour "grille" nous chercherons dans le tableau où on constitue les groupes... le gr en faisant glisser le doigt d'une lettre à l'autre sur le trait pour assurer la continuité du lien entre les sons un peu ralentis. On retrouve le ill de paille.

- pour mer, M E, on lui on lui dit m è r . Tu es allé à la mer. Acquisition "globale". Pas de référence au tableau (s'il avait été plus avancé dans son apprentissage, on aurait ajouté un er sur la ligne du é avec un point bleu sous le r et fait reprendre une série avec ces monosyllabiques) Il précise "la plage".

- pour "ma/rin" je l'aide pour in après avoir ajouté un R à la colonne des  consonnes à gauche des voyelles. (Il n'y est pas nécessairement car ces "tableaux" sont des bases adaptables).

Par chance nous avons rapidement fini la partie et sommes passés au 2e jeu, celui de l'histoire.

Un des avantages de ce jeu est de permettre à l'enfant de déchiffrer (quand il ne les identifie pas encore globalement) les mots écrits qui constituent un lexique relativement limité que ce soit à son tour ou à celui des autres. Le dé qui détermine l'avancée du pion permet d'apprendre à ne pas gagner...

Le jeu de "lecture"

Là encore, il s'agit de lire mais il y a l'image qui correspond à chaque mot à identifier. Dans un premier temps il a cherché à identifier image et mot.

Travail de langage comme d'habitude car s'il connait relativement bien toutes les images et certaines étiquettes, il a toujours du mal avec les mots de 3 syllabes comme hérisson et ses fréquentes interversions, ter/tre, omissions de finales etc... du fait de la mise en place très lente des éléments de la parole (identification des constituants et séquentialité) qui sont dans le texte. 

"rinsson" pour hérisson.

On définit "renifle".

Sa mère ne peut se retenir de lui souffler pour ..elle qu'il a lu '' alors qu'on l'avait déjà construit pour un autre mot en se référant au tableau e.. sur la ligne du é.

Échec de l'étayage langagier :

Qu'est-ce que c'est? Une cage, petite, "un cageot". Qu'est-ce qu'on met dans une cage?  Tu es allé au zoo ? Il reste silencieux. Titi et gros minet. Échec aussi.

Il est fatigué car il lui faut beaucoup se concentrer. Il change de sujet et veut me montrer ses kaplas. "c'est une chaise c'est ça" "c'est le taureau de l'Espagne" pour l'arène... Nous le déchiffrons en l'écrivant... il commence par A puis rène, "ah c'est R". je remontre le è N et comme on dit une on met un e à la fin. 

Il va aller pianoter sur l'ordinateur pour se détendre.

Reprise du jeu de lecture 15 jours plus tard

Sa mère n'est pas là. Il veut me "raconter":

"J'ai été à la SAS

J'ai arrivé en bus 127 à la SAS de RSB.
C'est pas loin. C'est trop loin là-bas tout au fond (geste) rue arrêt du bus.

J'étais (?) rue chez moi".

Pour pouvoir jouer on trie les cartons. Les verts pour le jeu du jour (cadre vert).

Il a encore besoin d'aide ez : chercher sur la ligne du é. R il identifie la lettre mais ne la prononce pas pour mU/R (geste de la gorge). Mais pour arbre il identifie A R prononcé è(r) le nom de la lettre.

Je l'aide pour paille.

Il ne reconnait pas "ou" mais dit /mu/ pour mouton.

On retrouve mur, il dit alors "ça c'est le mur". Il ne peut lire cage (en reste à ca/re) mais finit par y arriver. Quand il lit "matin" je précise pas Martin (il ne prononce jamais le R quand il parle M*.

Il lit pour moi "ba /  lle" puis "co / chon". Il lit tro pour tor dans "torchon". Il a toujours du mal avec on mais aussi trouve in pour "sapin"... t / ou pour "toucan" "je connais".

Connaitre les mots c'est aussi connaître leur sens via l'image, il n'a pas l'usage de torchon qu'il ne peut ni déchiffrer (interversion comme dans sa parole) ni évoquer en le reconnaissant.

Avec le jeu de "lecture" on se trouve face à deux types de travail. Celui de l'identification des mots étiquettes qui doivent correspondre aux images dessinées à l'intérieur du texte et celles du déchiffrage des mots écrits pour reconstituer l'histoire, ce qui ouvre à un travail de "langage".
Yann ne peut s'appuyer sur sa parole comme c'est le cas pour la plupart des enfants, du fait de son langage restreint au niveau lexique certes mais plus encore du fait des manifestations de son "retard de parole" lorsqu'il s'exprime spontanément (difficultés au delà de 2 syllabes) puisque nous appuyons l'aspect rééducation de la prise en charge sur l'étayage qu'apporte le déchiffrage de l'écrit. Il connait les sons, il connait les lettres, mais a toujours des problèmes dans la réalisation des combinaisons (cf. nasales, diphtongues...) et séquentialité. Dès le niveau syllabique, même s'il progresse de jour en jour.
Un autre article donnera le corpus de l'avancée que permet le dernier jeu que permet le matériel : une syllabe en différente place des mots pour le reconstituer.

Il y a eu un apprentissage préalable et un déclic certes mais aussi un travail de la voix et du rythme

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un "Te Deum Païen" (dyslexie)

Publié le par Jaz

La lande au départ de l'image évoquée

La lande au départ de l'image évoquée

Au programme d'un de mes choeurs le Te Deum de Mozart;

"Qu'est-ce que ce que vous chantez évoque pour vous ?" demande le chef de chœur. Chacun y va de ses références religieuses, versant louange à Dieu.

Je me lève alors et improvise l'évocation d'un scénario qui correspond à l'émotion que me procure la musique que je chante avec coeur et avec le choeur, selon le moment de l'oeuvre en question. 

Les paroles y sont-elles pour quelque chose ? C'est toute la question de mon rapport aux mots qui ne se connectent en rien à l'émotion qu'ils procurent aux autres. Elles ne me concernent pas, même si je n'ignore rien de leur signification.

Le groupe était un peu estomaqué de ma sortie et certaines basses ont longtemps plaisanté de l'image de la silhouette échevelée, fantasmant d'autant plus que je ne m'exprime guère excepté sur la justesse de nos prestations...

De retour chez moi j'ai dessiné cette silhouette sur une lande d'une falaise normande qui revient sans cesse dans mes compositions libres, lieu de rêverie et de ressourcement, face à l'immensité de la mer, du ciel, à la brume qui peut tout recouvrir, mais le soleil gagne et les couleurs se jouent de et par lui. Le point de départ, pas le scénario, place à la musique... Les émotions diffèrent.

J’entrevois une silhouette courant dans une herbe folle, inondée de soleil, elle va, vient virevolte, tourne et tournoie dans ces chauds rayons qui la font rebondir, s’arrêter de ci-delà pour s’attarder sur une fleur, admirer un papillon, sans cesser de danser, entraînée par ce chant intérieur qui l’habite…
Une source claire, un murmure d‘eau comme une plainte qui jaillit… un frémissement…
Elle s’élance à nouveau, seule dans cette nature qu’ont désertée les oiseaux, seule face à cette danse inexorable qui la conduit à la fin de l’hymne vers une grotte perdue dont la fraîcheur lui permettra de se ressourcer pour mieux repartir dans sa quête de vie au-delà de la plénitude de l’instant.

Un Te Deum païen

Une question se pose à la thérapeute que je suis par ailleurs, concernant l'approche d'un fonctionnement de dyslexique.

En 5e ou 4e, j'avais du rédiger un devoir sur les émotions éprouvées lors d'un concert pour un prof extérieur à l'établissement. Je n'avais jamais été au concert et il n'y avait que peu de disques à la maison et pas de classique. Par contre je chantais dans le secondaire, et aimais particulièrement le chant grégorien pour sa simplicité de lecture et la pureté de son chant. J'avais aussi participé à des rassemblements "scouts" où nous chantions en choeur.

Ce qui se rapprochait le plus de la demande du prof dans mon expérience était le souvenir de la prise d'habit d'une grand tante pianiste malgré sa jambe de bois quelques années plus tôt. Je m'étais lancée dans la description d'une grande farandole à travers le village qui évoquait pour moi ce qu'elle jouait pour nous la famille, mon frère et moi à ses pieds. Quel fou rire nous avait gagnés d'ailleurs. Mais j'avais de quoi broder... J'ai du avoir 11/12 avec la remarque que "après tout si l'émotion n'était pas musicale, il y avait un certain rapport..." Pour une fois ce n'était pas totalement hors sujet ! Description là encore.

L'expression passe par la narrativité et décrit un scénario visuel. Ce ne sont pas les mots qui servent de déclencheur mais un lien analogique avec la musique. Ainsi la farandole évoquait les notes qui s'égrenaient sur le piano. En effet elles sont restées distinctes pour moi et je n'ai perçu que rarement le fil musical grâce à Chopin une fois, puis reperdu, puis recherché avec mon prof de chant, merveilleux pianiste qui ne comprenait pas cette "perception". J'ai trouvé chez lui par hasard le livre qui m'a ouvert à cette dimension du fil musical et initiée à l'univers des musiciens (Corps et âme de Frank Conrois). Je ne suis pas accroc de l'écoute de la "grande musique", pas plus que des variétés d'ailleurs, des concerts, de l'opéra comme mes collègues et c'est par un roman que j'ai pu appréhender l'existence d'un autre monde, celui de la musique pour des musiciens. 

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