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Costume de mariage (trisomie) et langage

Publié le par Jaz

Le premier costume

Le premier costume

A la séance suivant les vacances de Noël, 3 semaines sans venir, Yann, trisomique de 21 ans, m'annonce au téléphone avant de venir ce samedi :

"Veste mariage moi pas encore"

Qu'a bien voulu me dire Yann? Artus (autre trisomique) avait très envie de se marier au même âge. Il se/me répétait tout le temps qu'il ne pouvait pas maintenant... depuis le cauchemar des filles... où il avait clairement exprimé ce désir.

Yann ne peut s'exprimer sur ces sujets, il n'a ni le langage ni la maturité sociale d'Artus. Ce qu'il me dit ainsi m'informe cependant dans sa condensation syntaxique sur le fait que l'interdit est bien passé mais qu'il le comprend comme un délai nécessaire. Reste la pulsion... Il en avait été de même avec Artus.

Sa mère m'a donné la clé de son message : ils lui ont acheté une veste de "costume". Ont-ils prononcé le mot mariage? Peu importe. Ce qui fait l'intérêt du bref échange à ce sujet, en début de séance, c'est le fait que sa mère l'a tout de suite récupéré dans son offensive "ne pas grossir" comme il en avait été question dans la séance du distributeur de boissons à la SAS. 

'On a complété la tenue avec des chaussures. Mais il faut pas grossir. Tu es fort mais il faut des abdos.' "Pas trop coca, grands" - 'doucement... fais gaffe... tu peux manger' Il relève ses manches et me fait tâter ses biceps dont il est très fier.

 

NOËL

J'enchaîne en lui demandant ce qu'il a eu pour Noël. Sa mère, lancée, veut répondre et Yann lui met la main sur la bouche. Il énumère, pendant que sa mère en profite pour s'esquiver.

"piano musique 2017, des boites de CD"

Je n'ai pas envie de m'embarquer dans ses choix musicaux dont j'ignore tout. Je l'oriente vers Noël.

'Où tu étais pour Noël? C'était le fête ? Où, à M*. Ta mère m'avait dit 'on était partis....' Il se décide :

"biba nollan" (c'est incompréhensible) Je reformule n'Hollande (sa mère fait la liaison)

-' chez quelqu'un? à l'hôtel?'

-"à l'hôtel je crois. On a vu papa Noël. Les cloches. J'ai vu passer....(?) De repas"

- 'à l'hôtel pendant tout le temps ?'

-"et au restaurant (au)ssi..."

-'Combien de jours?'

-"4 fois jours (me montre 4 doigts de sa main). Et après on a été (à) Anzé (musée?) Les Égyptiens (montre le papyrus sur le mur). Bateau-mouche".

-'À Paris?'

-"Hollande et Pays-bas. Zé vu plein de (hiéroglyphes)glyphes et le pont... (cf. un des premiers kaplas, comme celui de Van Gogh). (dé)coré plein Noël. Et c'est tout."

'Et après ?'

"L'autoroute on est arrivé de (à?) M* et c'est tout. C'est pas mal."

'Après tu as travaillé?'

"La SAS. Sport hier. On a fait cerceau. On a fait théâtre aussi."

Les photos sont sur l'ordinateur, il ne peut me les montrer (notre support habituel). Il était "sur l'ordinateur" hier, "regarde des musiques".

"oh la la" il met la tête dans ses mains sur la table. Se repose un peu et va sur le divan.

Nous arrêtons la séance.

 

LANGAGE ET PAROLE
Le langage de Yann s'est encore enrichi tant sur le plan lexique que pour la construction d'énoncés. Il s'autonomise peu à peu dans sa parole.

Il revendique de répondre lui-même.
Il utilise l'étayage qu'on lui propose qui met en image ce qui est dit en renforçant sa compréhension par des gestes (montre 4 doigts) "4 fois jour" et renforce la compréhension de "Égyptien" en montrant le "papyrus"..
Il situe le temps "hier" il utilise spontanément un connecteur temporel "et après".

C'est encore et toujours un mélange d'expressions toutes faites "on a vu papa Noël"(figements) et de juxtapositions de mots évoquant une énumération (il s'agit de raconter), sans article, avec parfois des mots invariables (conjonctions de coordination "et", adverbes et formes adverbiales "plein", "plein de", un connecteur "aussi"), il introduit souvent les actions par une reprise catégorielle ("on a fait") introduisant le nom sur lequel elle porte.
Il reprend un des termes d'une question et modalise sa réponse "je crois". Il introduit souvent son point de vue propre "et c'est tout", clôture du récit, "C'est pas mal", évaluation de la tâche.
Sur le fond, il est devenu capable de se rappeler sans le support d'images, cf. les photos qu'il semble avoie mémorisées pour son premier récit (voir le lien).

Yann ne "récite" pas, il "construit" sur un mode parataxique, qu'on pourrait dire agrammatique, les énoncés de son discours.

http://jazblogtest.over-blog.com/2016/08/memoire-image-et-parole-premier-recit-yann-trisomique.html

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Jeu : complémentarité des approches Yann

Publié le par Jaz

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

La mère de Yann, 21 ans, jeune homme trisomique mais pas que, a trouvé, dans une brocante, une nouvelle boite de jeu qui correspond tout à fait à notre démarche actuelle avec l'importance de l'écrit pour aider Yann à enrichir son langage en améliorant sa parole.

- Si le support du jeu de Jarnac permet de "travailler" la recherche des sons et de leur place dans le mot en s'étayant sur sa connaissance des lettres de l'alphabet, en lien avec un travail sur l'évocation du mot avec sa relation à des images, pour l'écrire

- ce nouveau jeu implique le versant lecture dans l'identification de mots sous leur forme écrite, en lien également à des images, et introduit à la lecture de petits récits avec des mots familiers. Il y a plus de matériel (syllabes lettres etc.) mais ce qu'il préfère est le jeu présenté ci-dessus  où on joue à plusieurs en avançant d'un nombre de cases fonction du dé (Cf. jeu de l'oie). Dans celui-ci il faut trouver l'étiquette du mot de la case. etc...

- nous y jouerons sans sa mère la deuxième fois et ce sera lui le meneur. Ce jeu devient la récompense quand il a bien "lu" l'histoire avant.

- le deuxième présenté ici, version histoire, impose de sélectionner à l'avance les étiquettes à identifier, lorsque l'accent est mis sur la lecture du texte, et nous y rejouerons sans sa mère en mettant les 4 planches et toutes les étiquettes de ce jeu qu'il sélectionne lui-même (repère même couleur du verso pour les différencier de celles de l'autre jeu). Mais nous avons repris la lecture d'une histoire ce jour là aussi.

Comment se passent les séances? L'entour de cette séance a déjà été présenté pour être discuté. Lorsque nous nous mettons "au travail" comme toujours du langage, des commentaires spontanés s'inscrivent d'eux-même dans les échanges verbaux. Faut-il le canaliser davantage ou lui laisser cette liberté de s'exprimer et de communiquer ainsi sur ce qui occupe sa pensée?

On joue.

Il démarre fort : "3 couleurs ça fait un arc en ciel". Il a reconnu les 3 couleurs fondamentales avec les pions du matériel dans la boite. Le cadre arrive : 'maintenant on arrête de parler, on joue'

Sa mère a sorti les cartons qui correspondent à la planche "La chenille des mots".

Il commence en choisissant un pion et lançant le dé. 4.

- Il lui faut déchiffrer le mot "arbre". Il trouve le début. 'a' puis 'r' en suivant le doigt qui isole. La finale ainsi reconstituée est prononcée be/re. 

- Il retrouve "paille" j'avais rappelé avec le geste Borel le i qui glisse avec des ailes (ll) pour faire ill.

- "ah! Je connais ce mot." En fait c'est dans son rapport à l'image car quand il s'agit de lire nous déchiffrons M O/ 'mo'. Il faut construire le on qu'on recherche dans le tableau des lettres ci-dessous pour faire les sons, en rouge... o devient on en passant par le nez (o+n) avec le geste évocateur de Borel et en montrant également le passage par le nez sur le tableau. Il lit alors MON-TRE et nous précisons montre, la montre, pour lire l'heure.

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

- pour "grille" nous chercherons dans le tableau où on constitue les groupes... le gr en faisant glisser le doigt d'une lettre à l'autre sur le trait pour assurer la continuité du lien entre les sons un peu ralentis. On retrouve le ill de paille.

- pour mer, M E, on lui on lui dit m è r . Tu es allé à la mer. Acquisition "globale". Pas de référence au tableau (s'il avait été plus avancé dans son apprentissage, on aurait ajouté un er sur la ligne du é avec un point bleu sous le r et fait reprendre une série avec ces monosyllabiques) Il précise "la plage".

- pour "ma/rin" je l'aide pour in après avoir ajouté un R à la colonne des  consonnes à gauche des voyelles. (Il n'y est pas nécessairement car ces "tableaux" sont des bases adaptables).

Par chance nous avons rapidement fini la partie et sommes passés au 2e jeu, celui de l'histoire.

Un des avantages de ce jeu est de permettre à l'enfant de déchiffrer (quand il ne les identifie pas encore globalement) les mots écrits qui constituent un lexique relativement limité que ce soit à son tour ou à celui des autres. Le dé qui détermine l'avancée du pion permet d'apprendre à ne pas gagner...

Le jeu de "lecture"

Là encore, il s'agit de lire mais il y a l'image qui correspond à chaque mot à identifier. Dans un premier temps il a cherché à identifier image et mot.

Travail de langage comme d'habitude car s'il connait relativement bien toutes les images et certaines étiquettes, il a toujours du mal avec les mots de 3 syllabes comme hérisson et ses fréquentes interversions, ter/tre, omissions de finales etc... du fait de la mise en place très lente des éléments de la parole (identification des constituants et séquentialité) qui sont dans le texte. 

"rinsson" pour hérisson.

On définit "renifle".

Sa mère ne peut se retenir de lui souffler pour ..elle qu'il a lu '' alors qu'on l'avait déjà construit pour un autre mot en se référant au tableau e.. sur la ligne du é.

Échec de l'étayage langagier :

Qu'est-ce que c'est? Une cage, petite, "un cageot". Qu'est-ce qu'on met dans une cage?  Tu es allé au zoo ? Il reste silencieux. Titi et gros minet. Échec aussi.

Il est fatigué car il lui faut beaucoup se concentrer. Il change de sujet et veut me montrer ses kaplas. "c'est une chaise c'est ça" "c'est le taureau de l'Espagne" pour l'arène... Nous le déchiffrons en l'écrivant... il commence par A puis rène, "ah c'est R". je remontre le è N et comme on dit une on met un e à la fin. 

Il va aller pianoter sur l'ordinateur pour se détendre.

Reprise du jeu de lecture 15 jours plus tard

Sa mère n'est pas là. Il veut me "raconter":

"J'ai été à la SAS

J'ai arrivé en bus 127 à la SAS de RSB.
C'est pas loin. C'est trop loin là-bas tout au fond (geste) rue arrêt du bus.

J'étais (?) rue chez moi".

Pour pouvoir jouer on trie les cartons. Les verts pour le jeu du jour (cadre vert).

Il a encore besoin d'aide ez : chercher sur la ligne du é. R il identifie la lettre mais ne la prononce pas pour mU/R (geste de la gorge). Mais pour arbre il identifie A R prononcé è(r) le nom de la lettre.

Je l'aide pour paille.

Il ne reconnait pas "ou" mais dit /mu/ pour mouton.

On retrouve mur, il dit alors "ça c'est le mur". Il ne peut lire cage (en reste à ca/re) mais finit par y arriver. Quand il lit "matin" je précise pas Martin (il ne prononce jamais le R quand il parle M*.

Il lit pour moi "ba /  lle" puis "co / chon". Il lit tro pour tor dans "torchon". Il a toujours du mal avec on mais aussi trouve in pour "sapin"... t / ou pour "toucan" "je connais".

Connaitre les mots c'est aussi connaître leur sens via l'image, il n'a pas l'usage de torchon qu'il ne peut ni déchiffrer (interversion comme dans sa parole) ni évoquer en le reconnaissant.

Avec le jeu de "lecture" on se trouve face à deux types de travail. Celui de l'identification des mots étiquettes qui doivent correspondre aux images dessinées à l'intérieur du texte et celles du déchiffrage des mots écrits pour reconstituer l'histoire, ce qui ouvre à un travail de "langage".
Yann ne peut s'appuyer sur sa parole comme c'est le cas pour la plupart des enfants, du fait de son langage restreint au niveau lexique certes mais plus encore du fait des manifestations de son "retard de parole" lorsqu'il s'exprime spontanément (difficultés au delà de 2 syllabes) puisque nous appuyons l'aspect rééducation de la prise en charge sur l'étayage qu'apporte le déchiffrage de l'écrit. Il connait les sons, il connait les lettres, mais a toujours des problèmes dans la réalisation des combinaisons (cf. nasales, diphtongues...) et séquentialité. Dès le niveau syllabique, même s'il progresse de jour en jour.
Un autre article donnera le corpus de l'avancée que permet le dernier jeu que permet le matériel : une syllabe en différente place des mots pour le reconstituer.

Il y a eu un apprentissage préalable et un déclic certes mais aussi un travail de la voix et du rythme

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