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1 articles avec interimage

Etayage du récit par l'image 2 Trisomie

Publié le par Jaz

Mettre en ordre et raconter

Mettre en ordre et raconter

Artus, 27 ans, préfère de beaucoup jouer à Jarnac, même s'il perd, même s'il faut compter les points pour le vérifier, il le préfère à raconter une histoire même avec un support d'images. Nous nous étions risqués à regarder des BD "humoristiques" qu'il avait choisies dans le très vieux livre "Le baron de Crésus" et il s'était relativement bien débrouillé pour comprendre. Nous n'étions pas allés jusqu'à raconter. Il s'agissait avant tout de "comprendre". Il l'avait vécu comme très pénible...

Pour renouer avec ce type d'activité j'ai parlé de me faire plaisir d'abord et ensuite on chercherait des mots (Jarnac). J'ai présenté les 4 images (prises dans une grande boite sur la table) comme un jeu où il fallait trouver comment les mettre en ordre. Il met un certain temps à les mettre en place et n'inverse que les deux dernières.

L'étayage ne peut être seulement verbal, sur la base des questions classiques. Le mime ne suffit pas non plus. Je suis allée chercher dans les jouets de quoi reproduire les éléments des images pour que la manipulation lui permette de trouver des mots pour "dire".

Je lui dis alors regarde par terre. Est-ce que tu vas trouver? Il ne trouve pas, je le remets à plus tard l'ordre des images car souvent l'enfant s'en aperçoit dans l'analyse même des détails qu'il doit prendre en compte dans sa description.

DIALOGUE D'ETAYAGE d'un RECIT SUR IMAGES

* Qu'est-ce qu'on voit ?

- Un chien (il le montre sur toutes les images)

Et ? (silence) Où ça se passe ?

- Il y a un chien et un garçon.

Que peux-tu dire du garçon ? (silence) Sur la première image ?

- (Il montre) ... Il prend le bain.

Je reformule. "Dans la salle de bain un garçon prend son bain".

**- Pas grave.

***Le chien qu'est-ce qu'il fait ? Je mime avec les doigts...

- Ah ! marcher

Pourquoi faire il marche ?... Tu vois ce qu'il fait là ? ... Il pense quoi le chien ?

Artus est bloqué. Il va falloir mettre le  scénario en scène. Je vais chercher des boites de jeu, lui donne celle des playmobils, il choisit un garçon pendant que je vais chercher la baignoire, il le met dedans puis nous fouillons dans la boite des animaux de la ferme en quête d'un chien. Il est sceptique, je précise **** "ce n'est pas la même forme mais c'est un chien".

En revenant à l'image Artus peut alors décrire la première image :

- il rentre à la porte.

(Nous parlons du chien) Pourquoi faire ?

On le voit là qu'est-ce qu'il veut faire ?

*****- Il veut se laver, arrête de m'énerver

Un chien, il veut se laver? Je dis alors "aller voir le garçon"

- C'est ça que je voulais dire

Il rentre à la porte pour...?

- aller voir le garçon.

Et après ?

- le chien

******Qu'est-ce qu'il fait entre les deux images ?

- clabousser de l'eau partout. A la fin il a renversé de l'eau et la mère (de ce garçon) elle est fâchée.

Je reviens sur l'interimage entre 1 et 2.

Qu'a-t-il fait pour ariver là ? Pense à quand tu es à la piscine (je mime l'action)

- sauté dans la baignoire.

 

DISCUSSION

Le travail qui avait été fait sur des bandes d'images déjà mises en ordre n'a pas été suffisant pour qu'Artus puisse se dispenser d'un étayage qui le guide dans une activité de récit. La mise en ordre des deux denières images n'est pas pertinente pour lui dans le fait d'avoir à raconter.

* S'il identifie les personnages ce n'est pas d'emblée qu'il les nomme. Il est dans la dénomination, à un niveau déictique, (geste de monstration, là) et ne peut sortir de sa démarche pour répondre aux question catégorielles de base du récit en dehors de qui ? (où quand comment que fait-il ?). Il y répond à sa façon en interprétant la 2e image en référence à un énoncé tout fait correspondant à la situation représentée.

** Il passe tout de suite à une évaluation personnelle de l'image de la mère, répondant en quelque sorte à ce qu'il décrira ensuite en tentant de répondre aux questions, Ce qui représente une "évaluation de la bêtise" en quelque sorte, implique bien l'interprétation des images de la série dans une situation typique, mais sans faire intervenir les détails qui lui permettraient de s'autonomiser dans l'élaboration d'un récit.

*** Je reprends la série au début et essaie de mettre en place l'interimage en partant de l'action. Artus est incapable de comprendre et nous devons passer d'un mime symbolique à la réalisation concrète avec des éléments directement représentatifs de la situation évoquée par le dessin.

**** Le chien n'existe pas pour lui comme terme pouvant s'appliquer à différentes races de chien. Le chien loup que nous trouvons ne peut repréenter "le" chien de l'image qui doit être le même. La discussion lui permet d'approcher un processu de conceptualisation (dans le cadre de l'étayage dans la zone proximale de développement de Wygotski)

***** Je pense aux théories de l'esprit, et mon impuissance à le faire travailler à ce niveau fait enfler ma voix très légèrement pendant qu'il répond en s'en tenant au garçon, seul être pensant, et réagir à ma contrariété qu'il devine et qui l'agresse à chaque fois que je suis confrontée à cette impuissance.

****** Je reprend l'interimage pour 1 et 2 qui implique un autre niveau de représentation que la perception de ce qui est présent ici et maintenant et demande de construire mentalement un mouvement qui devient  "geste" finalisé dans une "conduite" sociale. Un prélude à l'anticipation...

Il a un énoncé qui inclut la réponse à la question de la différence "par terre" entre 3 et 4. Je n'insiste pas davantage.

LE MOT DE LA FIN

Comme à chaque fois qu'il ne se sent pas à la hauteur de réussir la tâche, il se rassure :

- Je suis intelligent parce que j'ai mis une boucle (de ceinture) de force de dragon.

Fidèle à mon engagement nous prenons le temps de chercher des mots avec les lettres de Jarnac et il conclut la séance :

- Difficile parce que pour moi porteur trisomie 21. Z'ai eu difficultés à parler et à lire, je portais des lunettes Madame.

 

PS un prochain article sur l'autre blog présentera le corpus fort différent de Yann sur les même images. Cela permet de confronter deux démarches d'acquisition de la conduite de récit. De même je l'encouragerai à raconter d'autres séries... à suivre dans un même fil (changement de numéro probable dans le titre)

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