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3 articles avec evocation "association"

Spectacle et limites de la participation Yann Trisomie

Publié le par Jaz

spectacle

spectacle

Il y avait déjà eu un spectacle auquel j'avais assisté quand il avait 18 ans et j'avais remarqué la façon dont il avait assimilé les règles proposées, étant même le meneur du groupe en quelque sorte...

Quelques années plus tard me voilà embarquée dans une journée avec lui, spectacle de danses africaines puis de percussions avec caisses exotiques, djembes, xylophone, tambourins, maracas etc après le pique nique partagé au jardin des associations de M*.

Aïe aïe! Yann a 22 ans maintenant et a le plus grand mal à ne pas suivre son désir et ainsi à ne pas se mettre en avant lorsque ce n'est plus son groupe qui joue car il participe à tous les spectacles, "à fond" si l'on peut dire. Il suit ses pulsions. Le "prof", très tolérant et compréhensif,  lui a demandé de se mettre dans un renfoncement pour les accompagner en se balançant en rythme avec une grande énergie qui le fait avancer progressivement vers l'espace où jouent les participants des autres groupes, balancement qui correspond à sa stéréotype rythmique d'avant en arrière, chargée d'énergie qui avait été si difficile à transférer dans d'autres registres. C'est comme si pris dans son mouvement il ne se contrôlait plus, entrait en transe. Un derviche "balanceur" en quelque sorte.

En danse africaine déjà, il s'était singularisé car, ne pouvant l'empêcher, son prof avait intégré son "impro" au spectacle : il saute, se balance,  etc et finit sur un geste d'ouverture, comme d'offrande, une sorte de danse des rues personnelle, comme il l'avait fait déjà, encore et toujours mais de plus en plus puissante... jusqu'à l'arrêt des instruments lorsqu'il est au milieu de la scène et clôt le spectacle attendant les applaudissements.

Comment lui faire comprendre qu'il ne peut être le centre du spectacle, qu'il doit s'en tenir à la place et au rôle qu'on lui donne? A plus forte raison lorsqu'il est censé ne plus en faire partie. Là où les animateurs échouent à le faire obéir à une consigne au point de composer avec ses interventions intempestives en les intégrant au programme, pourrons-nous obtenir un minimum de contrôle ?
Yann n'est pas replié sur lui-même comme tant d'autres mais ne peut s'empêcher de réagir soit par des commentaires énonciatifs soit par d'autres modes d'expression que le langage verbal au grand dam des convenances...

Trisomique mais pas que...

Nous étions sortis des rituels ce jour là car j'avais été retenue chez le pharmacien et il s'était installé devant une cible s'entraînant à viser pendant que sa mère prenait le café en discutant avec M`. Il "répond" à une remarque qu'on lui fait ce qui ouvre au thème que j'ai prévu pour le jour "ne pas... répondre"  si un "adulte" lui demande de faire quelque chose, qui rejoint le fait de "ne pas ... faire" autre chose que ce qu'on lui demande.

Lorsque nous allons travailler au bureau, je lui demande comment vas-tu?

Il ne sait pas répondre aussi j'essaie de lui faire répéter 'Bien! merci ! et toi?

Sa mère arrive et ajoute à la formule (elle n'est pas dyslexique, économie de mots quand tu nous tiens) 'je vais...', ce que j'ajoute dans mon texte.

Et j'annonce, 'on va parler de samedi'.

sa mère reformule alors la question : 'qu'est-ce que tu as fait samedi?'

Yann met la tête dans ses mains sur la table, ne voulant pas répondre. Je le fait redresser, enlever sa sacoche, lui demande de prendre ses photos, mais il ne les a plus (sa mère les a transférées sur l'ordinateur pour son projet "album de vie"). Nous prendrons donc les miennes. 

Je me lance alors dans le dessin pour rappeler et mettre en scène la situation dont on va parler.

Je le dessine très vite derrière le trait qui figure le mur, le séparant des musiciens tout en plaçant mon discours "cadrant". 'Tu reste de côté' (j'étais allée le rejoindre pour essayer de le retenir, lors du passage du dernier groupe. Mais il ne faut pas le toucher, et quant à le retenir il résiste à toute tentative). Donc puisqu'en situation c'était impossible, passer par le langage en s'appuyant sur une scène en image, nous a permis d'avancer dans le domaine de poser ce fameux cadre par rapport à ses comportements impulsifs, en particulier s'ils entrent dans le cadre de ses thèmes obsessionnels (pokémons, kaplas), et côté écriture, hiéroglyphes voire caractères chinois et rythmes.

mise en place du mot en parole et écriture
mise en place du mot en parole et écriture
mise en place du mot en parole et écriture

mise en place du mot en parole et écriture

Le corpus oral/écrit du jour

Yann ne peut dire ni répéter "spectacle", dans sa bouche cela devient "SÈ TA" ce que j'écris avec les lettres de Jarnac. Il va devoir compléter ce qui manque en passant par l'épellation des sons pour lesquels il doit retrouver la lettre (de l'oral vers l'écrit).

Nous nous y mettons à 2, sa mère et moi pour lui faire entendre ssssssssssssssssssss il prend le S dans le couvercle où se trouvent les lettres, mélangées, retournées... Je prononce p ensuite en faisant le geste et en reprenant le son de sp. Il prend le P, de lui même il ajoute le E mais sa mère a peut-être dit le nom de la lettre. Je continue avec le son k et je lui montre que dans le geste il y a la forme du c pour appuyer sa recherche que je dirige. On arrive au 2e /K/, il sort Q G H et enfin C, et quand il entend le l, il sort L en mettant d'office là encore le E.

Il veut ensuite tout de suite écrire ce qu'il prononce "lapata"

Je dis 'la tu sais écrire'. Il ne m'écoute pas et écrit VA RA RA TR. Il réalise qu'il manque un A entre TR, en espaçant et réorganisant laborieusement les lettres de AVATAR.

Je décide de le lui faire apprendre, ce qui veut dire répéter, en regardant jusqu'à 10 fois, puis , en fermant les yeux. Réticent il se décide à l'apprendre et le cache avec sa main en essayant de le répéter avec beaucoup de souffrance : il se force vraiment.

On revient à spectacle qui reste /se ta/ puis /es pe ta/.

Je laisse tomber et lui demande ce qu'il veut écrire

"un réro"

"ariro" RO pour rio, on complète et il le lit "riro".

puis annonce "le baraké" pour perroquet. Au lieu de l'écrire il raconte :  "S'appelait bloum", on ne comprend pas la suite.

puis prend P puis va le placer après CA et nous reconstituons cap oei ra car il a sorti RA. Il n'a donc pas mémorisé la façon d'écrire du son voyelle. Nous l'aidons CAPOEIRA.

- "les deux Brésil"

Puis il sort KAPLA "zé trouvé"

- Il écrit RIZ qu'il connait globalement

- cherche un autre S sur la table et écrit avec des lettres déjà sorties : NCIS

Ce corpus permet d'éclairer ses difficultés à mémoriser le schème d'un mot pourtant souvent écrit qu'il connait bien. Il ne veut pas du tableau de correspondance lettre / son mais il n'a pas de stratégie stable.
Sur le plan de l'évocation il fonctionne sur un mode associatif pour retomber sur des mots qu'il sait écrire en s'échappant de la tâche telle qu'on la lui présente, identifier un son isolé et la ou les lettres qui lui correspondent.

La séance qui voulait se concentrer sur la conduite à avoir à un spectacle qui n'est pas centré sur lui a-t-elle porté ses fruits ?
Le dimanche suivant est le jour de la fête de son IME et il y aura un spectacle ? Comment va-t-il se comporter ?
Le corpus qui a suivi la tentative de faire passer le message de rester à sa place de spectateur nous confirme la part du fonctionnement associatif dans son évocation de mots qu'il sait en principe déjà écrire, même si sa façon d'appréhender leurs constituants est le plus souvent liée à des confusions de sons voisins ou à des automatismes syllabiques qui surgissent. Le tout dans un ordre aléatoire.

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Mots croisés et langage pour Yann (trisomie)

Publié le par Jaz

étape vers le langage en lien avec l'écrit (mots croisés à proposer après la maison)

étape vers le langage en lien avec l'écrit (mots croisés à proposer après la maison)

Dès le départ de la séance, je prends la main en proposant à Yann, 21 ans, de faire chacun notre gymnastique, lui sur le vélo et moi sur mon nubax et quand j'aurai fini on s'installera. J'ai besoin  du contrôle de sa mère et j'évite ainsi qu'il s'installe d'emblée sur le vélo et ne veuille plus en partir comme la fois précédente. Ensuite seulement je mets en place son tabouret et, en prenant les livres de la dernière fois, je lui demande comme j'avais prévu de le faire 'on n'en a plus besoin?', il baisse un peu la tête et répète a mi-voix, affirmatif, "on n'en a plus besoin" il les prend et les met, à ma demande, sur le lit avec le tas d'autres qui ont servi d'autres fois.

Je lui demande alors 'qu'est-ce que tu me racontes aujourd'hui?'

- "j'sais pas"

- 'Tu as travaillé avec maman?'

- "oh la la !!" en s'affalant sur la table. Il sort alors son appareil photo et veut me montrer une photo en disant :

- "c'est ma Romé" je ne comrends pas et sa mère le guide 'grand' il reprend "grand-père" puis corrigera "grand-mère et là c'est moi" (petit) très excité, presque jubilatoire.

Et il conclut après que je l'ai identifié également "elle est morte pour moi" évoquant cette parole si différente prononcée quand il me l'a annoncé

"adieu mamie, tu manques à moi" qui a permis à quelqu'un de faire un travail de deuil comme il semble l'avoir fait maintenant.

Je ne peux m'empêcher d'associer (pour moi) cette excitation à la jubilation de JuJu lorsqu'il s'était reconnu dans le montage des séances que nous avions filmées.

habiter son corps et sa parole pour un IMC

Comme annoncé dans le dernier article paru sur l'autre blog, la séance s'est orientée sur les mots croisés.

Premier cahier

Sa mère avait trouvé un ancien cahier de sa soeur, effacé les noms et il s'agissait pour lui, de recopier dans la grille à la place où elle était dessinée en rappel, le mot écrit sous l'image. Du moins est-ce ainsi que Yann s'y était pris avec beaucoup de plaisir. 

Je m'exclame: 'C'est toi qui a fait ça!'

- "oui et z'ai fait l'autre aussi"

- 'attends j'ai pas regardé!'

Il reste la dernière page, nous nous y mettons, le support en est différent, plus sobre et surtout les mots des images sont en écriture attachée, et sur la même page la grille,

La première image qu'il repère est celle d'un poney et il fait semblant de lire en disant "cheval." J'essaie de lui faire déchiffrer le mot qu'il allait placer. Il continue et marque des nombres (points?) comme s'il jouait à la télé (quelle émission?) "Ça fait 11". (le suivant) "ça fait 8" etc... Ce ne sont pas les lettres mais alors sur quoi se base-t-il? Mystère. Il se donnerait le cadre d'un jeu télé pour se motiver?

Quelle stratégie a-t-il, reconnait-il les mots parfois ou seulement les images dont il recopiait jusque là le mot correspondant. Pour maison, il l'identifie puis déchiffre plus ou moins au moment de l'écrire mai puis retourne aux lettres MA. Je lui montre sur le tableau la ligne du é en lui disant 'et à côté du a qu'est-ce qu'il faut pour qu'on entende é?' il redit en l'écrivant MAI. Dans un mot il y a BL, en attaché il veut vérifier "c'est B?" (nom de la lettre). Il trouve ballon et met 7 en haut de la colonne en disant " 7 gris".

Pour ambulance, il vérifie en demandant "c'est B?" et s'exclame (déjà inscrit) "oui! ah oui! Il est là!". Il met i au lieu de u, sa mère intervient, 'ça fait ambi, c'est ça?'. Il commente, "ah mince suis trompé, ouf sauvé!" Il écrit à 'qu'est ce qu'il faut ajouter?' la mère souffle 'n'

"é gagné. Et voilà. Terminé.

Nous passons au nouveau support que je lui propose.

Mots croisés sur un autre thème que celui du corpus
Mots croisés sur un autre thème que celui du corpus

Mots croisés sur un autre thème que celui du corpus

Mode d'emploi du 2e "La maison"

Celui de l'illustration est sur le même principe mais nous découvrons celui qui a pour thème "la maison".

Il y a 2 sortes de numérotation pour les définitions qui accompagnent l'image une pour le nombre de lettres à la fin et l'autre au début pour son numéro  dans la grille. Nous n'avons pas encore précisé verticalement et horizontalement.

Ces énoncés représentent un premier pas vers le sens du mot qui ne passerait pas par l'image. C'est aussi la base d'un travail de langage. Avec les petits, je commençais par explorer la page qui contextualise les objets dessinés et définis sans être nommés sur la page d'à côté. 

Sur la dernière page qui récapitule les noms de la grille, j'ai effacé les numéros qui servaient de repères pour les situer afin qu'il fasse l'effort d'essayer de les retenir par une stratégie ou une autre (syllabique et/ou lettre à lettre voire semi-globale). Comme il cherchait dans toute la page (il avait repéré que le même mot pouvait apparaître plusieurs fois avec "chien") J'ai mis le N° 1 pour la 1ère grille et une accolade pour signifier qu'on travaillait sur celle-la.

Consigne : 'tu trouves le nom des dessins. Tu te repères avec les numéros pour les écrire dans la grille. Si c'est dur on va voir la page où ils sont écrits. Tu essaies de te rappeler pour venir l'écrire à sa place dans la grille.'

Je lui ferai rayer ceux qu'il aura déjà inscrits;

Corpus du cahier "maison"

Je désigne le pot. On va voir comment il s'écrit. Il revient sur la page. On regarde le numéro. Il a bien 3 lettres, comme c'est indiqué.

Porte. Il compte les lettres, Il l'épelle puis l'écrit... "za pas regardé

Chien "zé vu passer" il l'épelle, il le voit dans la grille suivante ce qui semble indiquer un repérage global.

Je propose, tu veux prendre celui-là? Chaise. Il a du mal à trouver le nom. je l'aide. Nous allons à la dernière page. Il compte les lettres, il triche et retourne voir pour écrire. Il faudra l'aider pour montrer le ai pour faire é sur le tableau.

Il trouve Cheminée. Je lis la définition comme pour les autres mots d'ailleurs. Je le lui fais répéter en syllabant che mi née. Il trouve le mot écrit puis pour le placer il a du mal à mettre le E de CHE (je répète le mot) il trouve le M puis le I mais pas le N je l'aide et il met les 2 EE de mémoire.

Il reste des mots pas vus (pas rayés). 'Quelle image on regarde?'

Désigne et dit "fenêtre". Je lis la définition. J'essaie d'expliquer volets qui n'est pas dans son vocabulaire. Je le lui dit et le fais chercher dans les mots pas encore rayés. Il cherche n'importe où, d'où la nécessité d'ajouter une accolade pour cibler la liste. Il compte les lettres, il trouve le L il faut l'aider pour trouver le ET sur le tableau. Pour le 7 je lui dis 'il y en a deux'.

Il voudrait abandonner... Il ne reconnait pas l'image de la barrière. Je passe à brouette. Il ne sait pas la nommer non plus même avec la définition. Nous allons dans la liste et il identifie barrière. "Ah c'est ça!" Il se souviendra des RR. Brou (ne trouve pas tout de suite le ou).

Il identifie le parasol Plusieurs lettre sont écrites, 'tu regardes les lettres qui manquent c'est amusant tu vas y arriver sans aller voir les lettres qui manquent.' Il va vérifier, c'est facile à lire, il compte les lettres mais voudra mettre un E à la fin. "Ah zé pas vu."

Seul mot qui reste tuyau. La définition ne suffit pas à le nommer mais c'est le dernier mot non barré. Il épelle, compte les lettres et repart vers la grille en tenant à moitié pliée la page pour retrouver le modèle. Je l'ai aidé à lire...

Il peut être fier. C'est super et il a dépassé son seuil de concentration où il voulait abandonner.

PS je donne à sa mère le livre de lecture de Borel N°1 (Bien lire et aimer lire) pour reprendre ce qu'il faisait sur des photocopies, selon les besoins et le "Jeu de mots" N° 2 de Marie de Maistre qui permet de "travailler" là où il en est justement de son acquisition de l'écrit. 

 

La maison : le jardin. Grille remplie selon corpus ci-dessus

La maison : le jardin. Grille remplie selon corpus ci-dessus

ORAL/ÉCRIT ÉCRIT/ORAL l'un aide l'autre et réciproquement mais les limites des des acquisitions de Yann se manifestent sur les deux plans : il n'y a pas que la parole qui n'est pas encore en place mais le vocabulaire reste très limité. Un travail de "langage" pourrait lui être bénéfique s'il était dans le cadre d'une prise en charge plus soutenue, comme pour les enfants... mais, adulte, il "travaille". Avant il n'était pas prêt. Il pourrait en être de même pour l'écrit, mieux cibler l'association, mais sa mère n'est pas familière de ce type de démarche et, débordée par ailleurs, n'aurait pas suffisamment de temps pour renforcer le travail que nous ne faisons qu'amorcer.

Malgré ces réserves, Yann progresse beaucoup comme en témoigne ce dernier corpus. Faisons lui confiance pour tirer le meilleur parti de ce que nous pouvons lui apporter.

Son propos pour évoquer le décès de sa grand-mère en début d'article en témoigne. Il est entré dans l'abstraction en utilisant le mot "mort" au lieu de qualifier ce qu'il ressentait seulement aussi juste qu'ait été sa façon de l'exprimer.

Et comme toujours il a des phrases à chaque fois plus parfaitement adaptées à la situation dans ses commentaires spontanés.

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Jeu : complémentarité des approches Yann

Publié le par Jaz

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

La mère de Yann, 21 ans, jeune homme trisomique mais pas que, a trouvé, dans une brocante, une nouvelle boite de jeu qui correspond tout à fait à notre démarche actuelle avec l'importance de l'écrit pour aider Yann à enrichir son langage en améliorant sa parole.

- Si le support du jeu de Jarnac permet de "travailler" la recherche des sons et de leur place dans le mot en s'étayant sur sa connaissance des lettres de l'alphabet, en lien avec un travail sur l'évocation du mot avec sa relation à des images, pour l'écrire

- ce nouveau jeu implique le versant lecture dans l'identification de mots sous leur forme écrite, en lien également à des images, et introduit à la lecture de petits récits avec des mots familiers. Il y a plus de matériel (syllabes lettres etc.) mais ce qu'il préfère est le jeu présenté ci-dessus  où on joue à plusieurs en avançant d'un nombre de cases fonction du dé (Cf. jeu de l'oie). Dans celui-ci il faut trouver l'étiquette du mot de la case. etc...

- nous y jouerons sans sa mère la deuxième fois et ce sera lui le meneur. Ce jeu devient la récompense quand il a bien "lu" l'histoire avant.

- le deuxième présenté ici, version histoire, impose de sélectionner à l'avance les étiquettes à identifier, lorsque l'accent est mis sur la lecture du texte, et nous y rejouerons sans sa mère en mettant les 4 planches et toutes les étiquettes de ce jeu qu'il sélectionne lui-même (repère même couleur du verso pour les différencier de celles de l'autre jeu). Mais nous avons repris la lecture d'une histoire ce jour là aussi.

Comment se passent les séances? L'entour de cette séance a déjà été présenté pour être discuté. Lorsque nous nous mettons "au travail" comme toujours du langage, des commentaires spontanés s'inscrivent d'eux-même dans les échanges verbaux. Faut-il le canaliser davantage ou lui laisser cette liberté de s'exprimer et de communiquer ainsi sur ce qui occupe sa pensée?

On joue.

Il démarre fort : "3 couleurs ça fait un arc en ciel". Il a reconnu les 3 couleurs fondamentales avec les pions du matériel dans la boite. Le cadre arrive : 'maintenant on arrête de parler, on joue'

Sa mère a sorti les cartons qui correspondent à la planche "La chenille des mots".

Il commence en choisissant un pion et lançant le dé. 4.

- Il lui faut déchiffrer le mot "arbre". Il trouve le début. 'a' puis 'r' en suivant le doigt qui isole. La finale ainsi reconstituée est prononcée be/re. 

- Il retrouve "paille" j'avais rappelé avec le geste Borel le i qui glisse avec des ailes (ll) pour faire ill.

- "ah! Je connais ce mot." En fait c'est dans son rapport à l'image car quand il s'agit de lire nous déchiffrons M O/ 'mo'. Il faut construire le on qu'on recherche dans le tableau des lettres ci-dessous pour faire les sons, en rouge... o devient on en passant par le nez (o+n) avec le geste évocateur de Borel et en montrant également le passage par le nez sur le tableau. Il lit alors MON-TRE et nous précisons montre, la montre, pour lire l'heure.

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

- pour "grille" nous chercherons dans le tableau où on constitue les groupes... le gr en faisant glisser le doigt d'une lettre à l'autre sur le trait pour assurer la continuité du lien entre les sons un peu ralentis. On retrouve le ill de paille.

- pour mer, M E, on lui on lui dit m è r . Tu es allé à la mer. Acquisition "globale". Pas de référence au tableau (s'il avait été plus avancé dans son apprentissage, on aurait ajouté un er sur la ligne du é avec un point bleu sous le r et fait reprendre une série avec ces monosyllabiques) Il précise "la plage".

- pour "ma/rin" je l'aide pour in après avoir ajouté un R à la colonne des  consonnes à gauche des voyelles. (Il n'y est pas nécessairement car ces "tableaux" sont des bases adaptables).

Par chance nous avons rapidement fini la partie et sommes passés au 2e jeu, celui de l'histoire.

Un des avantages de ce jeu est de permettre à l'enfant de déchiffrer (quand il ne les identifie pas encore globalement) les mots écrits qui constituent un lexique relativement limité que ce soit à son tour ou à celui des autres. Le dé qui détermine l'avancée du pion permet d'apprendre à ne pas gagner...

Le jeu de "lecture"

Là encore, il s'agit de lire mais il y a l'image qui correspond à chaque mot à identifier. Dans un premier temps il a cherché à identifier image et mot.

Travail de langage comme d'habitude car s'il connait relativement bien toutes les images et certaines étiquettes, il a toujours du mal avec les mots de 3 syllabes comme hérisson et ses fréquentes interversions, ter/tre, omissions de finales etc... du fait de la mise en place très lente des éléments de la parole (identification des constituants et séquentialité) qui sont dans le texte. 

"rinsson" pour hérisson.

On définit "renifle".

Sa mère ne peut se retenir de lui souffler pour ..elle qu'il a lu '' alors qu'on l'avait déjà construit pour un autre mot en se référant au tableau e.. sur la ligne du é.

Échec de l'étayage langagier :

Qu'est-ce que c'est? Une cage, petite, "un cageot". Qu'est-ce qu'on met dans une cage?  Tu es allé au zoo ? Il reste silencieux. Titi et gros minet. Échec aussi.

Il est fatigué car il lui faut beaucoup se concentrer. Il change de sujet et veut me montrer ses kaplas. "c'est une chaise c'est ça" "c'est le taureau de l'Espagne" pour l'arène... Nous le déchiffrons en l'écrivant... il commence par A puis rène, "ah c'est R". je remontre le è N et comme on dit une on met un e à la fin. 

Il va aller pianoter sur l'ordinateur pour se détendre.

Reprise du jeu de lecture 15 jours plus tard

Sa mère n'est pas là. Il veut me "raconter":

"J'ai été à la SAS

J'ai arrivé en bus 127 à la SAS de RSB.
C'est pas loin. C'est trop loin là-bas tout au fond (geste) rue arrêt du bus.

J'étais (?) rue chez moi".

Pour pouvoir jouer on trie les cartons. Les verts pour le jeu du jour (cadre vert).

Il a encore besoin d'aide ez : chercher sur la ligne du é. R il identifie la lettre mais ne la prononce pas pour mU/R (geste de la gorge). Mais pour arbre il identifie A R prononcé è(r) le nom de la lettre.

Je l'aide pour paille.

Il ne reconnait pas "ou" mais dit /mu/ pour mouton.

On retrouve mur, il dit alors "ça c'est le mur". Il ne peut lire cage (en reste à ca/re) mais finit par y arriver. Quand il lit "matin" je précise pas Martin (il ne prononce jamais le R quand il parle M*.

Il lit pour moi "ba /  lle" puis "co / chon". Il lit tro pour tor dans "torchon". Il a toujours du mal avec on mais aussi trouve in pour "sapin"... t / ou pour "toucan" "je connais".

Connaitre les mots c'est aussi connaître leur sens via l'image, il n'a pas l'usage de torchon qu'il ne peut ni déchiffrer (interversion comme dans sa parole) ni évoquer en le reconnaissant.

Avec le jeu de "lecture" on se trouve face à deux types de travail. Celui de l'identification des mots étiquettes qui doivent correspondre aux images dessinées à l'intérieur du texte et celles du déchiffrage des mots écrits pour reconstituer l'histoire, ce qui ouvre à un travail de "langage".
Yann ne peut s'appuyer sur sa parole comme c'est le cas pour la plupart des enfants, du fait de son langage restreint au niveau lexique certes mais plus encore du fait des manifestations de son "retard de parole" lorsqu'il s'exprime spontanément (difficultés au delà de 2 syllabes) puisque nous appuyons l'aspect rééducation de la prise en charge sur l'étayage qu'apporte le déchiffrage de l'écrit. Il connait les sons, il connait les lettres, mais a toujours des problèmes dans la réalisation des combinaisons (cf. nasales, diphtongues...) et séquentialité. Dès le niveau syllabique, même s'il progresse de jour en jour.
Un autre article donnera le corpus de l'avancée que permet le dernier jeu que permet le matériel : une syllabe en différente place des mots pour le reconstituer.

Il y a eu un apprentissage préalable et un déclic certes mais aussi un travail de la voix et du rythme

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