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6 articles avec ecrit

Mots croisés et langage pour Yann (trisomie)

Publié le par Jaz

étape vers le langage en lien avec l'écrit (mots croisés à proposer après la maison)

étape vers le langage en lien avec l'écrit (mots croisés à proposer après la maison)

Dès le départ de la séance, je prends la main en proposant à Yann, 21 ans, de faire chacun notre gymnastique, lui sur le vélo et moi sur mon nubax et quand j'aurai fini on s'installera. J'ai besoin  du contrôle de sa mère et j'évite ainsi qu'il s'installe d'emblée sur le vélo et ne veuille plus en partir comme la fois précédente. Ensuite seulement je mets en place son tabouret et, en prenant les livres de la dernière fois, je lui demande comme j'avais prévu de le faire 'on n'en a plus besoin?', il baisse un peu la tête et répète a mi-voix, affirmatif, "on n'en a plus besoin" il les prend et les met, à ma demande, sur le lit avec le tas d'autres qui ont servi d'autres fois.

Je lui demande alors 'qu'est-ce que tu me racontes aujourd'hui?'

- "j'sais pas"

- 'Tu as travaillé avec maman?'

- "oh la la !!" en s'affalant sur la table. Il sort alors son appareil photo et veut me montrer une photo en disant :

- "c'est ma Romé" je ne comrends pas et sa mère le guide 'grand' il reprend "grand-père" puis corrigera "grand-mère et là c'est moi" (petit) très excité, presque jubilatoire.

Et il conclut après que je l'ai identifié également "elle est morte pour moi" évoquant cette parole si différente prononcée quand il me l'a annoncé

"adieu mamie, tu manques à moi" qui a permis à quelqu'un de faire un travail de deuil comme il semble l'avoir fait maintenant.

Je ne peux m'empêcher d'associer (pour moi) cette excitation à la jubilation de JuJu lorsqu'il s'était reconnu dans le montage des séances que nous avions filmées.

habiter son corps et sa parole pour un IMC

Comme annoncé dans le dernier article paru sur l'autre blog, la séance s'est orientée sur les mots croisés.

Premier cahier

Sa mère avait trouvé un ancien cahier de sa soeur, effacé les noms et il s'agissait pour lui, de recopier dans la grille à la place où elle était dessinée en rappel, le mot écrit sous l'image. Du moins est-ce ainsi que Yann s'y était pris avec beaucoup de plaisir. 

Je m'exclame: 'C'est toi qui a fait ça!'

- "oui et z'ai fait l'autre aussi"

- 'attends j'ai pas regardé!'

Il reste la dernière page, nous nous y mettons, le support en est différent, plus sobre et surtout les mots des images sont en écriture attachée, et sur la même page la grille,

La première image qu'il repère est celle d'un poney et il fait semblant de lire en disant "cheval." J'essaie de lui faire déchiffrer le mot qu'il allait placer. Il continue et marque des nombres (points?) comme s'il jouait à la télé (quelle émission?) "Ça fait 11". (le suivant) "ça fait 8" etc... Ce ne sont pas les lettres mais alors sur quoi se base-t-il? Mystère. Il se donnerait le cadre d'un jeu télé pour se motiver?

Quelle stratégie a-t-il, reconnait-il les mots parfois ou seulement les images dont il recopiait jusque là le mot correspondant. Pour maison, il l'identifie puis déchiffre plus ou moins au moment de l'écrire mai puis retourne aux lettres MA. Je lui montre sur le tableau la ligne du é en lui disant 'et à côté du a qu'est-ce qu'il faut pour qu'on entende é?' il redit en l'écrivant MAI. Dans un mot il y a BL, en attaché il veut vérifier "c'est B?" (nom de la lettre). Il trouve ballon et met 7 en haut de la colonne en disant " 7 gris".

Pour ambulance, il vérifie en demandant "c'est B?" et s'exclame (déjà inscrit) "oui! ah oui! Il est là!". Il met i au lieu de u, sa mère intervient, 'ça fait ambi, c'est ça?'. Il commente, "ah mince suis trompé, ouf sauvé!" Il écrit à 'qu'est ce qu'il faut ajouter?' la mère souffle 'n'

"é gagné. Et voilà. Terminé.

Nous passons au nouveau support que je lui propose.

Mots croisés sur un autre thème que celui du corpus
Mots croisés sur un autre thème que celui du corpus

Mots croisés sur un autre thème que celui du corpus

Mode d'emploi du 2e "La maison"

Celui de l'illustration est sur le même principe mais nous découvrons celui qui a pour thème "la maison".

Il y a 2 sortes de numérotation pour les définitions qui accompagnent l'image une pour le nombre de lettres à la fin et l'autre au début pour son numéro  dans la grille. Nous n'avons pas encore précisé verticalement et horizontalement.

Ces énoncés représentent un premier pas vers le sens du mot qui ne passerait pas par l'image. C'est aussi la base d'un travail de langage. Avec les petits, je commençais par explorer la page qui contextualise les objets dessinés et définis sans être nommés sur la page d'à côté. 

Sur la dernière page qui récapitule les noms de la grille, j'ai effacé les numéros qui servaient de repères pour les situer afin qu'il fasse l'effort d'essayer de les retenir par une stratégie ou une autre (syllabique et/ou lettre à lettre voire semi-globale). Comme il cherchait dans toute la page (il avait repéré que le même mot pouvait apparaître plusieurs fois avec "chien") J'ai mis le N° 1 pour la 1ère grille et une accolade pour signifier qu'on travaillait sur celle-la.

Consigne : 'tu trouves le nom des dessins. Tu te repères avec les numéros pour les écrire dans la grille. Si c'est dur on va voir la page où ils sont écrits. Tu essaies de te rappeler pour venir l'écrire à sa place dans la grille.'

Je lui ferai rayer ceux qu'il aura déjà inscrits;

Corpus du cahier "maison"

Je désigne le pot. On va voir comment il s'écrit. Il revient sur la page. On regarde le numéro. Il a bien 3 lettres, comme c'est indiqué.

Porte. Il compte les lettres, Il l'épelle puis l'écrit... "za pas regardé

Chien "zé vu passer" il l'épelle, il le voit dans la grille suivante ce qui semble indiquer un repérage global.

Je propose, tu veux prendre celui-là? Chaise. Il a du mal à trouver le nom. je l'aide. Nous allons à la dernière page. Il compte les lettres, il triche et retourne voir pour écrire. Il faudra l'aider pour montrer le ai pour faire é sur le tableau.

Il trouve Cheminée. Je lis la définition comme pour les autres mots d'ailleurs. Je le lui fais répéter en syllabant che mi née. Il trouve le mot écrit puis pour le placer il a du mal à mettre le E de CHE (je répète le mot) il trouve le M puis le I mais pas le N je l'aide et il met les 2 EE de mémoire.

Il reste des mots pas vus (pas rayés). 'Quelle image on regarde?'

Désigne et dit "fenêtre". Je lis la définition. J'essaie d'expliquer volets qui n'est pas dans son vocabulaire. Je le lui dit et le fais chercher dans les mots pas encore rayés. Il cherche n'importe où, d'où la nécessité d'ajouter une accolade pour cibler la liste. Il compte les lettres, il trouve le L il faut l'aider pour trouver le ET sur le tableau. Pour le 7 je lui dis 'il y en a deux'.

Il voudrait abandonner... Il ne reconnait pas l'image de la barrière. Je passe à brouette. Il ne sait pas la nommer non plus même avec la définition. Nous allons dans la liste et il identifie barrière. "Ah c'est ça!" Il se souviendra des RR. Brou (ne trouve pas tout de suite le ou).

Il identifie le parasol Plusieurs lettre sont écrites, 'tu regardes les lettres qui manquent c'est amusant tu vas y arriver sans aller voir les lettres qui manquent.' Il va vérifier, c'est facile à lire, il compte les lettres mais voudra mettre un E à la fin. "Ah zé pas vu."

Seul mot qui reste tuyau. La définition ne suffit pas à le nommer mais c'est le dernier mot non barré. Il épelle, compte les lettres et repart vers la grille en tenant à moitié pliée la page pour retrouver le modèle. Je l'ai aidé à lire...

Il peut être fier. C'est super et il a dépassé son seuil de concentration où il voulait abandonner.

PS je donne à sa mère le livre de lecture de Borel N°1 (Bien lire et aimer lire) pour reprendre ce qu'il faisait sur des photocopies, selon les besoins et le "Jeu de mots" N° 2 de Marie de Maistre qui permet de "travailler" là où il en est justement de son acquisition de l'écrit. 

 

La maison : le jardin. Grille remplie selon corpus ci-dessus

La maison : le jardin. Grille remplie selon corpus ci-dessus

ORAL/ÉCRIT ÉCRIT/ORAL l'un aide l'autre et réciproquement mais les limites des des acquisitions de Yann se manifestent sur les deux plans : il n'y a pas que la parole qui n'est pas encore en place mais le vocabulaire reste très limité. Un travail de "langage" pourrait lui être bénéfique s'il était dans le cadre d'une prise en charge plus soutenue, comme pour les enfants... mais, adulte, il "travaille". Avant il n'était pas prêt. Il pourrait en être de même pour l'écrit, mieux cibler l'association, mais sa mère n'est pas familière de ce type de démarche et, débordée par ailleurs, n'aurait pas suffisamment de temps pour renforcer le travail que nous ne faisons qu'amorcer.

Malgré ces réserves, Yann progresse beaucoup comme en témoigne ce dernier corpus. Faisons lui confiance pour tirer le meilleur parti de ce que nous pouvons lui apporter.

Son propos pour évoquer le décès de sa grand-mère en début d'article en témoigne. Il est entré dans l'abstraction en utilisant le mot "mort" au lieu de qualifier ce qu'il ressentait seulement aussi juste qu'ait été sa façon de l'exprimer.

Et comme toujours il a des phrases à chaque fois plus parfaitement adaptées à la situation dans ses commentaires spontanés.

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Jeu : complémentarité des approches Yann

Publié le par Jaz

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image
JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

JEU : appréhender des mots - lire une histoire - mot/image

La mère de Yann, 21 ans, jeune homme trisomique mais pas que, a trouvé, dans une brocante, une nouvelle boite de jeu qui correspond tout à fait à notre démarche actuelle avec l'importance de l'écrit pour aider Yann à enrichir son langage en améliorant sa parole.

- Si le support du jeu de Jarnac permet de "travailler" la recherche des sons et de leur place dans le mot en s'étayant sur sa connaissance des lettres de l'alphabet, en lien avec un travail sur l'évocation du mot avec sa relation à des images, pour l'écrire

- ce nouveau jeu implique le versant lecture dans l'identification de mots sous leur forme écrite, en lien également à des images, et introduit à la lecture de petits récits avec des mots familiers. Il y a plus de matériel (syllabes lettres etc.) mais ce qu'il préfère est le jeu présenté ci-dessus  où on joue à plusieurs en avançant d'un nombre de cases fonction du dé (Cf. jeu de l'oie). Dans celui-ci il faut trouver l'étiquette du mot de la case. etc...

- nous y jouerons sans sa mère la deuxième fois et ce sera lui le meneur. Ce jeu devient la récompense quand il a bien "lu" l'histoire avant.

- le deuxième présenté ici, version histoire, impose de sélectionner à l'avance les étiquettes à identifier, lorsque l'accent est mis sur la lecture du texte, et nous y rejouerons sans sa mère en mettant les 4 planches et toutes les étiquettes de ce jeu qu'il sélectionne lui-même (repère même couleur du verso pour les différencier de celles de l'autre jeu). Mais nous avons repris la lecture d'une histoire ce jour là aussi.

Comment se passent les séances? L'entour de cette séance a déjà été présenté pour être discuté. Lorsque nous nous mettons "au travail" comme toujours du langage, des commentaires spontanés s'inscrivent d'eux-même dans les échanges verbaux. Faut-il le canaliser davantage ou lui laisser cette liberté de s'exprimer et de communiquer ainsi sur ce qui occupe sa pensée?

On joue.

Il démarre fort : "3 couleurs ça fait un arc en ciel". Il a reconnu les 3 couleurs fondamentales avec les pions du matériel dans la boite. Le cadre arrive : 'maintenant on arrête de parler, on joue'

Sa mère a sorti les cartons qui correspondent à la planche "La chenille des mots".

Il commence en choisissant un pion et lançant le dé. 4.

- Il lui faut déchiffrer le mot "arbre". Il trouve le début. 'a' puis 'r' en suivant le doigt qui isole. La finale ainsi reconstituée est prononcée be/re. 

- Il retrouve "paille" j'avais rappelé avec le geste Borel le i qui glisse avec des ailes (ll) pour faire ill.

- "ah! Je connais ce mot." En fait c'est dans son rapport à l'image car quand il s'agit de lire nous déchiffrons M O/ 'mo'. Il faut construire le on qu'on recherche dans le tableau des lettres ci-dessous pour faire les sons, en rouge... o devient on en passant par le nez (o+n) avec le geste évocateur de Borel et en montrant également le passage par le nez sur le tableau. Il lit alors MON-TRE et nous précisons montre, la montre, pour lire l'heure.

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

Supports "techniques" du lire-écrire de Yann : les tableaux qui regroupent les cartons pour faire les sons, un tableau pour construire les groupes consonantiques et mettre en place les r et l. Une liste de mots invariables à "mémoriser" pour identification dite "globale".

- pour "grille" nous chercherons dans le tableau où on constitue les groupes... le gr en faisant glisser le doigt d'une lettre à l'autre sur le trait pour assurer la continuité du lien entre les sons un peu ralentis. On retrouve le ill de paille.

- pour mer, M E, on lui on lui dit m è r . Tu es allé à la mer. Acquisition "globale". Pas de référence au tableau (s'il avait été plus avancé dans son apprentissage, on aurait ajouté un er sur la ligne du é avec un point bleu sous le r et fait reprendre une série avec ces monosyllabiques) Il précise "la plage".

- pour "ma/rin" je l'aide pour in après avoir ajouté un R à la colonne des  consonnes à gauche des voyelles. (Il n'y est pas nécessairement car ces "tableaux" sont des bases adaptables).

Par chance nous avons rapidement fini la partie et sommes passés au 2e jeu, celui de l'histoire.

Un des avantages de ce jeu est de permettre à l'enfant de déchiffrer (quand il ne les identifie pas encore globalement) les mots écrits qui constituent un lexique relativement limité que ce soit à son tour ou à celui des autres. Le dé qui détermine l'avancée du pion permet d'apprendre à ne pas gagner...

Le jeu de "lecture"

Là encore, il s'agit de lire mais il y a l'image qui correspond à chaque mot à identifier. Dans un premier temps il a cherché à identifier image et mot.

Travail de langage comme d'habitude car s'il connait relativement bien toutes les images et certaines étiquettes, il a toujours du mal avec les mots de 3 syllabes comme hérisson et ses fréquentes interversions, ter/tre, omissions de finales etc... du fait de la mise en place très lente des éléments de la parole (identification des constituants et séquentialité) qui sont dans le texte. 

"rinsson" pour hérisson.

On définit "renifle".

Sa mère ne peut se retenir de lui souffler pour ..elle qu'il a lu '' alors qu'on l'avait déjà construit pour un autre mot en se référant au tableau e.. sur la ligne du é.

Échec de l'étayage langagier :

Qu'est-ce que c'est? Une cage, petite, "un cageot". Qu'est-ce qu'on met dans une cage?  Tu es allé au zoo ? Il reste silencieux. Titi et gros minet. Échec aussi.

Il est fatigué car il lui faut beaucoup se concentrer. Il change de sujet et veut me montrer ses kaplas. "c'est une chaise c'est ça" "c'est le taureau de l'Espagne" pour l'arène... Nous le déchiffrons en l'écrivant... il commence par A puis rène, "ah c'est R". je remontre le è N et comme on dit une on met un e à la fin. 

Il va aller pianoter sur l'ordinateur pour se détendre.

Reprise du jeu de lecture 15 jours plus tard

Sa mère n'est pas là. Il veut me "raconter":

"J'ai été à la SAS

J'ai arrivé en bus 127 à la SAS de RSB.
C'est pas loin. C'est trop loin là-bas tout au fond (geste) rue arrêt du bus.

J'étais (?) rue chez moi".

Pour pouvoir jouer on trie les cartons. Les verts pour le jeu du jour (cadre vert).

Il a encore besoin d'aide ez : chercher sur la ligne du é. R il identifie la lettre mais ne la prononce pas pour mU/R (geste de la gorge). Mais pour arbre il identifie A R prononcé è(r) le nom de la lettre.

Je l'aide pour paille.

Il ne reconnait pas "ou" mais dit /mu/ pour mouton.

On retrouve mur, il dit alors "ça c'est le mur". Il ne peut lire cage (en reste à ca/re) mais finit par y arriver. Quand il lit "matin" je précise pas Martin (il ne prononce jamais le R quand il parle M*.

Il lit pour moi "ba /  lle" puis "co / chon". Il lit tro pour tor dans "torchon". Il a toujours du mal avec on mais aussi trouve in pour "sapin"... t / ou pour "toucan" "je connais".

Connaitre les mots c'est aussi connaître leur sens via l'image, il n'a pas l'usage de torchon qu'il ne peut ni déchiffrer (interversion comme dans sa parole) ni évoquer en le reconnaissant.

Avec le jeu de "lecture" on se trouve face à deux types de travail. Celui de l'identification des mots étiquettes qui doivent correspondre aux images dessinées à l'intérieur du texte et celles du déchiffrage des mots écrits pour reconstituer l'histoire, ce qui ouvre à un travail de "langage".
Yann ne peut s'appuyer sur sa parole comme c'est le cas pour la plupart des enfants, du fait de son langage restreint au niveau lexique certes mais plus encore du fait des manifestations de son "retard de parole" lorsqu'il s'exprime spontanément (difficultés au delà de 2 syllabes) puisque nous appuyons l'aspect rééducation de la prise en charge sur l'étayage qu'apporte le déchiffrage de l'écrit. Il connait les sons, il connait les lettres, mais a toujours des problèmes dans la réalisation des combinaisons (cf. nasales, diphtongues...) et séquentialité. Dès le niveau syllabique, même s'il progresse de jour en jour.
Un autre article donnera le corpus de l'avancée que permet le dernier jeu que permet le matériel : une syllabe en différente place des mots pour le reconstituer.

Il y a eu un apprentissage préalable et un déclic certes mais aussi un travail de la voix et du rythme

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un "Te Deum Païen" (dyslexie)

Publié le par Jaz

La lande au départ de l'image évoquée

La lande au départ de l'image évoquée

Au programme d'un de mes choeurs le Te Deum de Mozart;

"Qu'est-ce que ce que vous chantez évoque pour vous ?" demande le chef de chœur. Chacun y va de ses références religieuses, versant louange à Dieu.

Je me lève alors et improvise l'évocation d'un scénario qui correspond à l'émotion que me procure la musique que je chante avec coeur et avec le choeur, selon le moment de l'oeuvre en question. 

Les paroles y sont-elles pour quelque chose ? C'est toute la question de mon rapport aux mots qui ne se connectent en rien à l'émotion qu'ils procurent aux autres. Elles ne me concernent pas, même si je n'ignore rien de leur signification.

Le groupe était un peu estomaqué de ma sortie et certaines basses ont longtemps plaisanté de l'image de la silhouette échevelée, fantasmant d'autant plus que je ne m'exprime guère excepté sur la justesse de nos prestations...

De retour chez moi j'ai dessiné cette silhouette sur une lande d'une falaise normande qui revient sans cesse dans mes compositions libres, lieu de rêverie et de ressourcement, face à l'immensité de la mer, du ciel, à la brume qui peut tout recouvrir, mais le soleil gagne et les couleurs se jouent de et par lui. Le point de départ, pas le scénario, place à la musique... Les émotions diffèrent.

J’entrevois une silhouette courant dans une herbe folle, inondée de soleil, elle va, vient virevolte, tourne et tournoie dans ces chauds rayons qui la font rebondir, s’arrêter de ci-delà pour s’attarder sur une fleur, admirer un papillon, sans cesser de danser, entraînée par ce chant intérieur qui l’habite…
Une source claire, un murmure d‘eau comme une plainte qui jaillit… un frémissement…
Elle s’élance à nouveau, seule dans cette nature qu’ont désertée les oiseaux, seule face à cette danse inexorable qui la conduit à la fin de l’hymne vers une grotte perdue dont la fraîcheur lui permettra de se ressourcer pour mieux repartir dans sa quête de vie au-delà de la plénitude de l’instant.

Un Te Deum païen

Une question se pose à la thérapeute que je suis par ailleurs, concernant l'approche d'un fonctionnement de dyslexique.

En 5e ou 4e, j'avais du rédiger un devoir sur les émotions éprouvées lors d'un concert pour un prof extérieur à l'établissement. Je n'avais jamais été au concert et il n'y avait que peu de disques à la maison et pas de classique. Par contre je chantais dans le secondaire, et aimais particulièrement le chant grégorien pour sa simplicité de lecture et la pureté de son chant. J'avais aussi participé à des rassemblements "scouts" où nous chantions en choeur.

Ce qui se rapprochait le plus de la demande du prof dans mon expérience était le souvenir de la prise d'habit d'une grand tante pianiste malgré sa jambe de bois quelques années plus tôt. Je m'étais lancée dans la description d'une grande farandole à travers le village qui évoquait pour moi ce qu'elle jouait pour nous la famille, mon frère et moi à ses pieds. Quel fou rire nous avait gagnés d'ailleurs. Mais j'avais de quoi broder... J'ai du avoir 11/12 avec la remarque que "après tout si l'émotion n'était pas musicale, il y avait un certain rapport..." Pour une fois ce n'était pas totalement hors sujet ! Description là encore.

L'expression passe par la narrativité et décrit un scénario visuel. Ce ne sont pas les mots qui servent de déclencheur mais un lien analogique avec la musique. Ainsi la farandole évoquait les notes qui s'égrenaient sur le piano. En effet elles sont restées distinctes pour moi et je n'ai perçu que rarement le fil musical grâce à Chopin une fois, puis reperdu, puis recherché avec mon prof de chant, merveilleux pianiste qui ne comprenait pas cette "perception". J'ai trouvé chez lui par hasard le livre qui m'a ouvert à cette dimension du fil musical et initiée à l'univers des musiciens (Corps et âme de Frank Conrois). Je ne suis pas accroc de l'écoute de la "grande musique", pas plus que des variétés d'ailleurs, des concerts, de l'opéra comme mes collègues et c'est par un roman que j'ai pu appréhender l'existence d'un autre monde, celui de la musique pour des musiciens. 

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Séquentialité Parole et Ecrit (trisomie)

Publié le par Jaz

Figurer la séquentialité

Figurer la séquentialité

Au programme du jour : vérifier l'acquisition du scénario et du nom des pays recensés à partir des dessins des drapeaux photographiés. Une de ses difficultés à les écrire vient de l'ordre des lettres dans la syllabe. Et bien sûr, où en est-il de la lecture? Si tout se passe comme d'habitude, la façon de "travailler" cette question va venir de ce qui va se passer dès le départ...

LE SCENARIO

Nous nous saluons à l'interphone. Quand je lui demande : "tu es seul?" Il répond

- avec Catherine.

Le langage et l'expression spontanée

Puis il entre en me demandant

- Tu connais moi chanter ?

et chantonne tout heureux pendant que sa mère me met au courant de sa dernière trouvaille. Il a préparé toutes ses affaires comme s'il s'agissait d'aller en colo, tout bien rangé, en tas, parce que on avait évoqué un voyage et qu'il avait un air appris à la colo dans la tête.

Autrement dit, il a tout mélangé.

Il chante quelque chose qui ressemble à la chanson de la mer. Nous ne reconnaissons pas ce qu'il chante. Il précise :

- on a été en voiture

- Qui ? Quand ?

- La colonie, on a vu la chanson. Ah... Je vais voir Micka, on a vu internet.

J'attrappe une feuille et commence le tableau ci-dessus en traçant la flèche de aujourd'hui et commence à situer ce dont nous parlons en évoquant le tableau classique du temps où on raconte le bébé qui grandit puis le garçon au cours de l'année précédente. Il s'agit cette fois non plus d'aborder mais de "travailler" ce domaine. Je pose les évènements au fur et à mesure.

- Mercredi dernier photos

Quand j'étais petit  photos.

Puis sa mère rappelle le travail qu'ils font avec les mots fléchés pendant qu'ils voyagent en voiture. Elle lui dicte en insistant sur les sons des lettres qu'elle prononce (elle devant) qu'il écrit, lui derrière.

Il enchaîne sur son désir de montrer ceux qu'il connait :

- tous les prénoms des pays

Je précise bien sûr pas les prénoms mais les noms.

ECRIRE : sélection des lettres et ordre de disposition

- Espagne

Il sort le P puis E. Il place ce dernier en début de mot. Je lui demande 'et pour faire esss tu mets quoi après'? il trouve S et le place après.

Après le p. Il redit le mot mais je dois redire à mon tour en m'arrêtant à espa... pour le lui faire entendre.

Je lui dis alors 'ensuite c'est comme pour Allemagne'.

- Ah oui, je me souviens!

Il sort le G

- ah voilà. C'est çuila, j'ai trouvé!

'et après?' je prononce le nnn en insistant beaucoup

j'ajoute 'et le petit e qu'on ne prononce pas'

Il prend un S qu'il avait mis de côté à sa droite et l'ajoute au mot écrit :

ESPAGNE S

'Il n'y a pas d's, il n'y a qu'un seul pays'..en enchaînant:

'Et Brésil c'est un ?'

B

'à côté qu'est-ce qu'on entend?'

il prend un E, je dis

' é mais avant le le é?'

je prononce Brrr en insistant rrr  et finis par écrire sur la feuille où je prends des notes pour le lui montrer   r  R. Il le trouve parmi les lettres de Jarnac et j'enchaîne

'pour mettre z on peut prendre un s tout seul'. Il prend S

Je dois prolonger le iiiiiii pour qu'il l'entende. Il le trouve mais veut placer le I avant le s à côté de é..

C'est alors que je prends la feuille du tableau en image ci-dessus et lui situe le s sur maintenant (que j'écris verticalement en parallèle de aujourd'hui) ajoute avant du côté du passé

'et le i après, à droite'.

Il trouve L quand je redis le mot en le prolongeant llll.

Il a écrit BRESIL

En dehors du r qui se situe dans un groupe consonantique (tableau que sa mère n'a pas le temps de lui faire travailler encore et encore), Yann a su trouver les lettres correspondant aux sons lorsqu'ils étaient prolongés suffisamment pour qu'il puisse les percevoir. Mais quand il passe à l'étape de les placer, il retrouverait des syllabes apprises globalement dans un apprentissage syllabique : li pour il par exemple... D'où le besoin de lui donner des repères.

Pour Angleterre il sort des lettres

E T E   L A

Je reprends la main 'Comment on fait an?' il prend N je précise 'et avant, a'. Je montre sur le tableau et,  surprise, il semble comprendre :

- Ah ouais ! il compose AN

Maintenant gle. Il prend le Q. Je l'arrête 'non l'autre qui ressemble beaucoup.' Il trouve G. 'Le mettre à côté' J'insiste sur le llll. Il trouve le L, ajoute un des E met le T. On passe à erre, je lui dis 'comme tu as fais es ". Il me montre le R de BR mais veut écrire RE. On remontre sur le tableau l'ordre : Yann les repositionne, j'en profite pour insister sur le son rrrrr et ajoute qu'on en met 2 avec le petit e à la fin.

Il relit ce qu'il a écrit ANGLETERRE en syllabant et en prononçant teur à la fin.Je le corrige et j'ajoute 'tu vois que tu vas faire des progrès pour parler'.

- J'ai 50 photos.

LECTURE

Et nous passons à l'ordinateur où je lui propose de lire LOLA LA GIRAFE un ppt de Christine Barthelemy/Le.Galliard, accessible sur Pontt. Nous avions essayé il y a quelque temps mais ce n'était pas évident. (Je l'ai même proposé à Miloud (27 ans, non-lecteur) une fois pour l'aider à dépasser son mot à mot... et sa peur de l'erreur qui fait tout mélanger)

Maintenant, la lecture de son texte (contraste de couleur syllabique) est beaucoup plus facile, je lis ma partie après lui avoir fait nommer ce qu'on voit sur l'image et qui se retrouvera dans le texte pour qu'il dispose du lexique. Nous ne ferons que 3 pages. Il n'en peut plus de tant d'efforts mais est heureux de réussir.

Lola la Girafe : langage et lecture facileLola la Girafe : langage et lecture facile

Lola la Girafe : langage et lecture facile

DISCUSSION de ce qui se met en place
Le scénario est acquis ou plutôt Yann a intégré une partie de sa routine interactive : la réponse avec, à - tu es seul ? Il ne reste plus qu’à reprendre l’énoncé attendu, ce qui viendra sûrement ensuite.

http://jazblogtest.over-blog.com/2016/05/avec-outil-pour-une-quete-d-identite-trisomie.html

Qu’en est-il du travail de lecture/écriture, aide à la mémorisation du mot dans la mesure où la parole ne peut soutenir cette restitution puisqu’il semble que l’écrit semble étayer sa mise en place ? Un article précédent l’a développé au cours des deux dernières séances en discutant la mise en place de représentations.

http://jazblogtest.over-blog.com/2016/05/comment-l-ecrit-aide-a-parler-mieux-trisomie.html

Ce qu'apporte ce nouvel article vient de l'introduction d'une référence au temps dans une figuration spatialisée, orientée par la place du sujet et de son énonciation. Ce tableau a permis non seulement de mettre de l'ordre dans la restitution d'évènements surgissant sur un mode associatif, mais a donné un support pour figurer un ordre séquentiel dans la constitution d'une syllabe à l'aide de lettres mobiles. Il s'agit bien d'un espace orienté .

Le tableau proposé n'était pas nécessairement au programme. Il s'est imposé par l'urgence de mettre de l'ordre dans la tête de Yann qui prenait son désir pour la réalité : se préparer à partir en colonie en l'occurence. Il participe de façon primordiale au travail de structuration de la pensée de ce jeune handicapé mental, plein de bonne volonté mais qui a des "moyens limités" selon l'expression consacrée, même si notre travail en repousse sans cesse les limites.

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Adieu à 2015 Bienvenue à 2016

Publié le par Jaz

à l'image d'une transmission ?

à l'image d'une transmission ?

Témoignage personnel : tourner une page

Dure leçon de l'impulsivité et des problèmes d'automatismes croisés. D'un code à l'autre, d'un Mac au PC, majuscule ou pas, intervalle ou pas, ne pas contrôler l'automatisme comme d'habitude, bref un essai de trop et pftt, la fin d'une histoire de rencontre.

Cette dernière année finissante a vu la disparition de mes fonctions de rédactrice, avec la perte de mon identifiant, pour le site http://sos.lire.ecrire.free.fr .

15 ans de bons et loyaux services. Le temps passe, les idées demeurent. Je remercie encore Frédérique Mattéi de m'avoir permis de l'alimenter si longtemps alors qu'elle a changé de vie et ne publie plus depuis longtemps nulle part. Elle a disparu avec les codes... Elle me les avait proposés il y a longtemps mais je m'étais sentie dépassée et ne croyais pas à l'imminence de sa disparition du net. Le site perdure, certes, mais sans nouvel apport. N'hésitez pas à vous y rendre pour qu'il ne tombe pas dans les oubliettes de free! De nombreux liens vous y mènent.

Il me reste les deux blogs pour discuter mes hypothèses de travail puisque je pratique encore d'une certaine façon. Peut-on s'arrêter jamais ? Cela est, et aura été ma vie quand je ne pourrai plus assurer, ma destinée, s'il faut l'évoquer comme j'en ai discuté avec Miloud...

Le deuil est difficile mais il faut bien s'y résoudre. De nouvelles opportunités vont sûrement surgir, et cette contrariété n'a que peu d'importance face aux bouleversements et horreurs du monde d'aujourd'hui. Puis-je, encore, croire en l'avenir ? je m'y efforce pour mes petits enfants, avec toujours cet autre "émotionnel" qui me tient à distance dans mes relations les plus personnelles.

Je communique "autrement" me semble-t-il encore et toujours.

Un mot à propos de ceux que j'espère pouvoir accompagner encore et encore.

Yann qui va avoir 21 ans, n'a pas fini de grandir. Son insertion sociale dans un univers adulte en est l'enjeu. Il lui faut non seulement améliorer sa "parole" mais entraîner son accès à quelques bases d'écrit... en lien avec sa compréhension de l'univers de mots qui l'entourent et des règles de vie tout court.

Miloud, 28 ans au moins, est encore trop assujetti à l'image qu'il donne de lui-même pour se risquer à "lâcher", bien qu'il s'en approche de plus en plus. Ne plus s'inquiéter de la barre à franchir pour pouvoir "écrire". Accepter de se montrer tel qu'il est, erreurs comprises.

Artus, 26 ans, se rebelle contre le désir de sa famille de le voir tenter un CAP. L'apprentissage "scolaire" en renforcement de ses automatismes déjà acquis, réalisé par une jeune orthophoniste, ne le sécurise pas, il n'y arrive pas. Il aime s'en tenir à des routines pas trop contraignantes sur le plan intellectuel. J'ai moi-même renoncé à le faire aller plus loin au niveau cognitif et vise maintenant sa capacité à raconter... qui me semble si essentielle à tout développement du langage et épanouissement de soi. C'est devenu son objectif : mieux parler, ne plus avoir à bégayer quand le conflit surgit.

A vous, fidèles ou nouveaux lecteurs de ce blog, si vous vous êtes accrochés à ce témoignage jusque là, j'espère pouvoir continuer à transmettre quelques bribes d'expérience, ou du moins que ces bribes deviennent le support d'une réflexion personnelle car chaque expérience est unique et n'est pas "transmissible". Nous ne sommes pas des robots, montés sur un même modèle et... le temps passe par là, apportant d'autres modalités d'échange et de transmission... Sans parler de la question des générations !!!

Que 2016 soit pour tous, une année riche en découvertes de toutes sortes dans l'espoir d'un vivre mieux ensembles pour tous.

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