Trouble de l'Élocution : qui comprend qui? et quoi? Yann (Trisomie)

Publié le par Jaz

Yann, presque 22 ans, aurait un trouble de l'élocution !!!

Lecteur, vous qui suivez ses progrès pas à pas depuis des années, ainsi que la démarche qui lui permet d'acquérir le langage et de comprendre le monde qui l'entoure, comment peut-on oser qualifier ses difficultés à se faire comprendre et à comprendre les discours qu'on lui adresse, d'un trouble de l'élocution !

Qu'on ne le comprenne pas toujours quand il parle n'est pas étonnant. Mais la réciproque est tout aussi vraie. Comment peut-il comprendre un langage adulte qui s'adressent à des adultes puisqu'il est dans un établissement protégé certes, mais pour adultes. Deux articles récents l'ont illustré, "comment faire passer un message?" et sa suite "humour moquerie et trisomie".

Sa mère est très fâchée ce jour là. Elle a reçu le rapport qui indique "Trouble de l'élocution". C'est le stigmatiser. Inscrit dans son dossier.

En outre, elle trouve qu'il y a vraiment 2 poids, 2 mesures. En sortant de la SAS, dans le bus, Yann appelle toujours son père sur son portable et les autres qui prennent aussi le bus, se moquent de lui. Elle me précise de façon allusive en sa présence qu'il n'en a pas conscience, heureusement. Mais eux savent ne pas le faire devant des témoins qui pourraient intervenir comme cela s'était passé pour Yann en cours de gymnastique.

Nous avions beaucoup travaillé cette question avec Artus qui avait amené sa révolte à l'une de nos séances. Il prenait les transports en commun et avait rencontré ce problème.

Elle poursuit sa diatribe. Ils ne le comprennent pas. Ils l'évaluent par rapport aux autres alors qu'il a encore beaucoup progressé. Ils disent par exemple qu'il n'aime pas aller ailleurs. En quels termes le lui propose-t-on? et pour quoi faire? Sa mère le verrait ainsi dans quelque chose comme une cantine, la restauration donc. Il est capable de s'organiser dans des tâches routinières. MAIS elle est consciente qu'il faut gérer son caractère. Mis à part l'ESAT, on ne lui a jamais rien proposé qui puisse l'intéresser, il n'a donc plus accès qu'à une manutention plus ou moins fine. Ils lui demandent son accord, bien sûr, à partir de propositions exprimées verbalement.

NB J'anticipe sur une séance ultérieure, un coup de téléphone échangé avec son éducatrice référente (en stage pour une formation d'éducatrice spécialisée) qui se plaint de ce qu'il répond oui oui, et non la fois suivante à la même question reposée!

Toujours le même quiproquo...

Je reviens alors sur les difficultés de lui faire passer un message quand on ne passe que par des mots qui ne font pas image et ne peuvent renvoyer à une représentation. Nous nous situons dans le champ du "cognitif". Yann ne comprend que dans l'action qu'il réalise lui-même. Toujours ce niveau "enactif" proposé par Bruner, qui précède le niveau" iconique" où l'image reste la base d'une représentation pour l'accès au niveau symbolique du langage. (Notionnel de l'article en référence).

http://sos.lire.ecrire.free.fr/article.php3?id_article=223

Mais le renvoi à l'action est impliqué dans une démarche plus complexe que "l'agir" du "enactif" comme le situe Michel Foucault (note 11).
"Tant qu’elle est le simple prolongement du corps, l’action n’a aucun pouvoir pour parler : elle n’est pas langage. Elle le devient, mais au terme d’opérations définies et complexes... (p. 121) Le langage n’est possible que sur fond de cet enchevêtrement...

http://sos.lire.ecrire.free.fr/article.php3?id_article=148

Pendant ce temps Yann a pris dans une pile en attente sur la table un fascicule de mots mêlés et le fait à sa façon. Le corpus ainsi recueilli fera l'objet d'un autre article.

Sa mère poursuit. Il est moins enthousiaste disent-ils Peut-être qu'il en a vite fait le tour. Faute de moyens d'encadrement ils ne proposent que de la facilité. La routine d'un univers fermé.

Ils ne tiennent pas compte du fait que la famille propose d'autres univers en perspective. Concerts, Voyages culturels (cf. la Hollande et les expositions), W-E improvisé au Touquet récemment...

Elle a le mot de la fin de ce post tant il n'est guère possible de réaliser une collaboration étroite entre une institution et la famille, pour tenir compte d'un handicap qui ne rentre pas dans les normes, que l'institution ne peut "concevoir". Nous l'avions réalisé du temps de l'IMPRO lorsque j'avais été "enfin" invitée à une réunion de synthèse, faisant découvrir aux participants un fonctionnement de Yann si différent de ce qu'ils se représentaient jusque là, ignorant sa différence. Tout compte fait c'est un peu la situation qu'Oumi avait rencontré en étant intégré dans un milieu scolaire qui ignorait sa condition d'enfant sourd et son passé...

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