un "Te Deum Païen" (dyslexie)

Publié le par Jaz

La lande au départ de l'image évoquée

La lande au départ de l'image évoquée

Au programme d'un de mes choeurs le Te Deum de Mozart;

"Qu'est-ce que ce que vous chantez évoque pour vous ?" demande le chef de chœur. Chacun y va de ses références religieuses, versant louange à Dieu.

Je me lève alors et improvise l'évocation d'un scénario qui correspond à l'émotion que me procure la musique que je chante avec coeur et avec le choeur, selon le moment de l'oeuvre en question. 

Les paroles y sont-elles pour quelque chose ? C'est toute la question de mon rapport aux mots qui ne se connectent en rien à l'émotion qu'ils procurent aux autres. Elles ne me concernent pas, même si je n'ignore rien de leur signification.

Le groupe était un peu estomaqué de ma sortie et certaines basses ont longtemps plaisanté de l'image de la silhouette échevelée, fantasmant d'autant plus que je ne m'exprime guère excepté sur la justesse de nos prestations...

De retour chez moi j'ai dessiné cette silhouette sur une lande d'une falaise normande qui revient sans cesse dans mes compositions libres, lieu de rêverie et de ressourcement, face à l'immensité de la mer, du ciel, à la brume qui peut tout recouvrir, mais le soleil gagne et les couleurs se jouent de et par lui. Le point de départ, pas le scénario, place à la musique... Les émotions diffèrent.

J’entrevois une silhouette courant dans une herbe folle, inondée de soleil, elle va, vient virevolte, tourne et tournoie dans ces chauds rayons qui la font rebondir, s’arrêter de ci-delà pour s’attarder sur une fleur, admirer un papillon, sans cesser de danser, entraînée par ce chant intérieur qui l’habite…
Une source claire, un murmure d‘eau comme une plainte qui jaillit… un frémissement…
Elle s’élance à nouveau, seule dans cette nature qu’ont désertée les oiseaux, seule face à cette danse inexorable qui la conduit à la fin de l’hymne vers une grotte perdue dont la fraîcheur lui permettra de se ressourcer pour mieux repartir dans sa quête de vie au-delà de la plénitude de l’instant.

Un Te Deum païen

Une question se pose à la thérapeute que je suis par ailleurs, concernant l'approche d'un fonctionnement de dyslexique.

En 5e ou 4e, j'avais du rédiger un devoir sur les émotions éprouvées lors d'un concert pour un prof extérieur à l'établissement. Je n'avais jamais été au concert et il n'y avait que peu de disques à la maison et pas de classique. Par contre je chantais dans le secondaire, et aimais particulièrement le chant grégorien pour sa simplicité de lecture et la pureté de son chant. J'avais aussi participé à des rassemblements "scouts" où nous chantions en choeur.

Ce qui se rapprochait le plus de la demande du prof dans mon expérience était le souvenir de la prise d'habit d'une grand tante pianiste malgré sa jambe de bois quelques années plus tôt. Je m'étais lancée dans la description d'une grande farandole à travers le village qui évoquait pour moi ce qu'elle jouait pour nous la famille, mon frère et moi à ses pieds. Quel fou rire nous avait gagnés d'ailleurs. Mais j'avais de quoi broder... J'ai du avoir 11/12 avec la remarque que "après tout si l'émotion n'était pas musicale, il y avait un certain rapport..." Pour une fois ce n'était pas totalement hors sujet ! Description là encore.

L'expression passe par la narrativité et décrit un scénario visuel. Ce ne sont pas les mots qui servent de déclencheur mais un lien analogique avec la musique. Ainsi la farandole évoquait les notes qui s'égrenaient sur le piano. En effet elles sont restées distinctes pour moi et je n'ai perçu que rarement le fil musical grâce à Chopin une fois, puis reperdu, puis recherché avec mon prof de chant, merveilleux pianiste qui ne comprenait pas cette "perception". J'ai trouvé chez lui par hasard le livre qui m'a ouvert à cette dimension du fil musical et initiée à l'univers des musiciens (Corps et âme de Frank Conrois). Je ne suis pas accroc de l'écoute de la "grande musique", pas plus que des variétés d'ailleurs, des concerts, de l'opéra comme mes collègues et c'est par un roman que j'ai pu appréhender l'existence d'un autre monde, celui de la musique pour des musiciens. 

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Jaz 09/12/2016 11:30

Intéressant lapsus dans le commentaire

Je pensais "grotte" et ai écrit "clairière". Condensation où l'idée de recueillement sur / en soi s'ouvre au soleil et à son énergie...

Jaz 09/12/2016 14:45

Ah Ah C'est bien l'amalgame qui signifie le nouveau départ encore tâtonnant ! Les deux apportent leur éclairage (c'est le cas de le dire). Et avant tout ce qui est écrit est dans l'ici et maintenant qui ouvre à l'avenir j'imagine.
Jaz

alain l. 09/12/2016 11:45

" Je pensais "grotte" et ai écrit "clairière"

Oui , vraiment intéressant ... mais alors qu''est ce qui compte le plus ... ce que tu pensais ou ce que tu as écrit ?

@t

alain

alain l. 09/12/2016 09:37

Bonjour Jaz ... Très poignant ce texte ...
Je l'ai reposté sur le Réveil ...

@t

alain

Jaz 09/12/2016 10:03

Merci Alain

... de cette visibilité que ton repost lui donne. Le réveil est un blog puissant pour ceux qui s'intéressent aux handicapés.

Je suis en train de faire un travail sur moi-même avec un "guérisseur" (problèmes de santé cet été d'où mon silence relatif) pour changer ce rapport aux mots. Je faisais travailler les adultes dys dessus (voir site Sy
http://sos.lire.ecrire.free.fr/article.php3?id_article=198
mais n'avais personne pour m'y aider pour moi-même. Cela a marché longtemps mais le blocage articulaire quasi total de cet été m'impose un nouveau départ. J'ai du arriver à la clairière..

Rassure toi il n'est question ni de gourou ni de secte, juste d'autres techniques de soins avec un même type de spiritualité que la mienne. Et la vocation d'aider avec ce qu'on peut donner de ses "pouvoirs" dont elle nous a dotés (qu'on soit "croyant" ou non, l'un ne va pas sans l'autre en l’occurrence)..