Concentration et chemin de mémoire

Publié le par Jaz

Au grand dam de son frère ainé, dont les oreilles traînent dans la pièce voisine, j'ai inauguré une nouvelle façon de "travailler" avec N*, grand adolescent de 17 ans, en Terminale, qui met en échec tous ceux qui ont essayé de l'aider. Il peut tout faire (examen complet à l'appui) mais ... ne fait pas grand chose de toute cette potentialité, même dans le champ de sa créativité.
Ce n'est pas par hasard, je venais de lire un article de Sciences Humaines "Plutôt que de vouloir clouer à tout prix un enfant hyperactif sur sa chaise, installez-lui un vélo d’appartement et vous verrez qu’il apprendra mieux ses leçons."

Sciences Humaines

... Et cet autre article de Dustin Sarver et al., « Hyperactivity in attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD). Impairing deficit or compensatory behavior ? », Journal of Abnormal Child Psychology, 12 avril 2015.

N* n'a pas de "copain" attitré. Ses fréquentations "personnelles" en dehors des cours se limitaient à ses partenaires de jeu sur internet, des copains de classe et leur relation était ainsi médiatisée par l'ordinateur fixe où il joue dès qu'il le peut, en permanence. Le portable prend le relai pour l'occuper dans cette addiction. De quelle nature est-elle en fait? Une vraie question, double d'ailleurs, car elle porte à la fois sur la relation à, et sur le fait de se mobiliser dans une activité qui fait "bouger" les mains et capte l'attention. C'est ce dernier point qui sera pris en compte dans ce "post". Mon hypothèse, forte il est vrai, est que cela pourrait l'aider à mieux se concentrer!

Il est de ceux qui ne peuvent rester au repos et qui, s'ils se posent un instant dans l'ici et maintenant, repartent en fait sans cesse ailleurs, dans leur monde. Tout petit déjà, il suivait sa propre route et il fallait le récupérer sans cesse. Il ne "parlait" pas de lui-même mais jouait à "construire" avec des légos et autres supports en 3 D, et dessinait. A 3 ans il ne pouvait mémoriser le nom d'un adulte après 3 jours passés avec lui. En CP, il était incapable de dire le nom d'un seul camarade de classe. Les consignes verbales ne portaient pas, il oubliait tout... Etc...

L'année passée, nous avions repris la question de l'oral du français au Bac, la dernière quinzaine, lui, manipulant des aimants qu'il repositionnait sans cesse ou allongé sur son lit quand je me déplaçais pour chercher des références, et je prenais le relai en marchant de long en large parfois (j'en ai également besoin pour réussir à me concentrer). Il avait (sous une vraie pression de ma part que je m'autorisais car je connaissais moi-même le problème) fini par accepter de jeter quelques mots (comme ils venaient) sur les fiches de couleur (introduisant un premier classement des thèmes de nos discussion sur ses "textes" après les avoir situés à leur époque dans le mouvement de la création littéraire).. Il a horreur d'écrire. Ce n'est pas du dessin! Et de tout ce qui est imposé.

Il s'agit maintenant de trouver, non pas en route, ou in extremis, mais dès le départ, une autre façon d'apprendre qui puisse accrocher pour la philo, l'histoire-géo, l'anglais, l'espagnol... à raison d'une bonne heure une à deux fois par semaine, quand il rentre du lycée. Constituer des fichiers qui faciliteront l'évocation de tout ce qui est dans sa tête mais qu'il ne réussit pas à formuler. Les maths c'est plus simple: il écoute et retient, il n'y a pas la mise en mots, en phrases d'une pensée... Ce serait encore mieux s'il faisait des exercices mais la moyenne est là, souvent un peu plus... sans effort.

Donc ce jour là, je le trouve devant l'ordinateur dans la pièce commune et il refuse d'aller dans sa chambre. Pas de problème, ses manipulations du clavier remplaceront celles des aimants ou de patex à triturer et nous allons bavarder. Je lui demande de me parler de sa journée, "raconter" ce qui s'est passé en classe à la suite de notre travail etc. Qu'en a-t-il été de nos discussions? Quoi de nouveau? Il va réussir à me dire deux de ses réponses à une question du prof de Géographie (ils étudient les "cartes") extrêmement pertinentes et je l'en félicite. J'insiste toujours quand il parle jusqu'à ce que je comprenne, et lui propose souvent des reformulations pour m'assurer que j'ai bien compris (je lui propose ainsi soit le sens (mots), soit plus souvent la forme à donner à ce sens pour qu'il soit transmis). Souvent nous cherchons ensembles car ce n'est pas évident pour moi non plus et l'âge aggrave mes difficultés (cf. site sos).

Son frère R* intervient, je le soupçonne d'avoir été un peu comme lui, mais il est entré dans le moule et a "appris" (et accepté donc) et proteste de la "Vraie" façon de se concentrer qu'exigent tous les pédagogues. Se concentrer sur la tâche et non faire trente six choses à la fois.

Je lui explique que j'ai ce problème depuis toujours. Et que, à mon avis, jouer à ce jeu 'débile" sur l'ordinateur peut être une facilitation qu'on est justement en train de tester. Effectivement, N* s'exprime davantage, il y a moins à lui arracher les mots, comme s'il lui fallait mettre en dérivation une partie de son fonctionnement psychique pour avoir accès à l'expression de sa pensée (trop riche sûrement mais globaliste) qui ne peut trouver les mots et encore moins les organiser. Problème d'évocation donc, au coeur de mes recherches, couler un sens dans des formes... j'ai l'impression de radoter: ceux qui apprennent autrement qu'on enseigne...

Nous sommes allés ensuite dans sa chambre pour vérifier ses cahiers, s'il fallait faire une fiche, et je me suis lancée dans le texte espagnol support de questions... Il a du chercher des mots que je ne comprenais pas (il n'avait fait que survoler le texte pour répondre a minima aux questions posées)... Nous avons également à notre programme de revoir les conjugaisons dans cette matière (déjà entamé à la rentrée pour un premier exercice à faire)...

A suivre donc la semaine suivante, voire à discuter...

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