Le bonheur d'apprendre ... (Yann trisomique)

Publié le par Jaz

parler: mouvement et séquentialité dans le visuel comme dans l'auditif
parler: mouvement et séquentialité dans le visuel comme dans l'auditif
parler: mouvement et séquentialité dans le visuel comme dans l'auditif

parler: mouvement et séquentialité dans le visuel comme dans l'auditif

Yann manifeste une telle joie à chaque réussite, c'est à dire à chaque fois qu'il a réussi à aller plus loin, capter une nouveau mot en le prononçant comme je l'exige par exemple, une telle joie que je ne peux m’empêcher de réfléchir à comment je peux l'aider encore et toujours. A vie, la mienne étant maintenant plus courte que la sienne... il a l'avenir devant lui.

C'était évident depuis toujours dans les jeux, il commente, s'exclame, refuse de poursuivre, manifestant une sorte de métacognition, d'autoévaluation de ce qu'il arrive à faire, comme pour un entraînement sportif, juste un peu plus que la limite qu'on sent atteinte.

Mais là, dans le domaine du langage, il manifeste un tel bonheur lorsqu'il arrive à se faire comprendre, donc à couler son expérience vécue dans des mots qui répondent aux questions d'étayage, que j'y vois un langage qui se constitue, dans l'interaction pensée/langage qui se structurent de ce fait l'un/l'autre. Qui dit structure dit rappel possible pour franchir une étape, progresser vers cette autonomisation tant recherchée de part et d'autre (famille/thérapeute), même par lui, avec l'âge. Deux articles récents sur le blog sos en montrent la façon dont se manifeste cette demande de sa part et la façon dont nous avons tenté de la gérer.

Comment l'aider à structurer sa parole, favoriser l'évocation des mots d'un vocabulaire encore très restreint, comment obtenir ce lien entre les syllabes qui donne l'unité "intonative" du mot dès 3 syllabes? Chaque séance marque une étape vers cet objectif et, stimulée par cette joie que sa réussite lui procure, j'invente chaque fois quelque chose de nouveau qui nous fait avancer un nouveau point dans cette suspension qui nous attend marquée dans le titre même.

Il y avait eu tant d'essais de toute sorte, depuis les spectacles, la toupie musicale des premiers temps, la valorisation du chant, le travail autour du rythme, de la visualisation de sa voix, de la syllabation, renforcée par la visualisation de l'écrit, et même une fois d'un grand mouvement de fond pour faire venir les mots... et hier, je suis encore partie ailleurs, une autre étape...

Il va aller en colonie certes, dans les "montagnes", du côté de "la Suisse", "deux fois", toutes paroles lâchées pour répondre à ma question, déformées mais identifiables. Avec le grand bonheur de parvenir à se faire comprendre. Où va-t-il aller?

Il répond par deux syllabes "pa-nan" sa mère reprend Pra-lo-gnan.

Dyslexique, j'ai du mal à répéter ce mot moi-même et comme il me regarde (ce qui est loin d'être toujours le cas) je l'accompagne d'une esquisse des gestes Borel pour en prononcer les syllabes. Et un nouveau schème visuo-praxique va ainsi pouvoir se constituer, syllabe par syllabe, d'abord, pour obtenir la précision et l'association de la réalisation du geste associant mouvement de la main et articulation. Yann va le reprendre à son compte d'abord, mais il faudra l'exiger jusqu'à ce qu'il puisse s'en passer. C'est une première étape que j'impose à sa mère qui me suggérait d'avoir recours à l'écriture comme nous le faisions jusque là. Le niveau des représentations mentales de Yann (20 ans) ne lui permet pas encore de l'utiliser comme geste de rappel, ce qu'il est censé être.

Tout se passe comme si, dans un premier temps les mouvements de la main entraînaient ceux de la bouche, puis, lorsqu'ils sont en place, permettaient les juxtapositions de syllabes pas encore enchaînées.,, même si leur enchaînement gestuel se fait de plus en plus rapide (et simplifié): p (main projetée en avant) ra avec la main ouverte pour le a, l (le doigt monte devant la bouche qui prononce la syllabe) lo, gnan (qu'il prononce gnon en mettant l'index et le majeur à cheval sur le nez). La syllabation est encore sous-jacente et c'est alors que le mouvement du mot proposé ce jour se combine avec des entrainements précédents:

- celui du grand balancement ce que j'ai appelé "la danse des mots" (s'étayant sur sa propre pulsion),

- l'occupation de l'espace réalisée par "tranches" avec des chemins pour les relier le jour du cactus,

- en le transposant dans le champ auditif, dans un geste du corps qui est comme une offrande; les deux mains posent le pra, paume ouverte, s'unissent pour monter le lo, et le gnan les fait s'ouvrir en se posant à nouveau, en écartant les bras tout en haut...

Avant même de l'avoir posé ainsi, Yann s'était essayé à le dire une fois en chuchotant, comme en cachette et nous l'avions félicité, après coup, car nous parlions différence pédagogique, sans insister. J'explique alors que, comme les enfants qui entrent dans le langage, il s'essaiera à le retrouver. N'est ce pas important quand on est "grand" de pouvoir dire où on va! De fait il le réussira de temps à autre sans qu'on le lui demande, pour lui même, si heureux de réussir, comme il le sera ultérieurement la même séance dans le jeu de "range ta chambre" quand il en comprendra les consignes qu'il faut encore décomposer...

Le bonheur d'apprendre ... (Yann trisomique)

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Jaz 06/07/2015 09:14

Signalez-moi ce qui cloche encore
Merci

Jaz 06/07/2015 08:33

Il faut que je pense à mettre à jour la date d'édition, je l'ai "testé" encore une fois. C'est peut-être la raison pour laquelle il n'y a pas d'avis de parution. En tout cas le décalage (5 juillet) témoigne de la longue élaboration des articles lorsque d'autres activités d'écriture vous monopolisent également..